Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« Arrête avec tes mensonges » de Philippe Besson

Je fais un petit tour dans la littérature contemporaine avec un de mes auteurs favoris :

 Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson

Quatrième de couverture

Quand j’étais enfant, ma mère ne cessait de me répéter : « arrête avec tes mensonges. » J’inventais si bien les histoires, parait-il, qu’elle ne savait plus démêler le vrai du faux. J’ai fini par en faire un métier, je suis devenu romancier.

Aujourd’hui, voilà que j’obéis enfin à ma mère : je dis la vérité. Pour la première fois. Dans ce livre.

Autant prévenir d’emblée : pas de règlement de compte, pas de violence, pas de névrose familiale.

Mais, un amour, quand même.

Un amour immense et tenu secret.

Qui a fini par me rattraper.

 

Ce que j’en pense

Alors qu’il est de passage à Bordeaux, dans ses terres natales pour une rencontre avec une journaliste, l’auteur voit passer une silhouette en qui il croît reconnaître un homme dont il est tombé amoureux, vingt ans plus tôt. Il court derrière lui et se trouve face à un sosie de Thomas, version souriante.

Philippe Besson fouille dans ses souvenirs pour raconter sa rencontre avec Thomas, leur amour interdit, le contexte de l’époque, le non-dit, l’obligation de ne pas être découvert, les rencontres en secret, les regards, les caresses, la découverte des corps. Thomas est fils de paysans, sa mère est catholique pratiquante, Philippe fils d’instituteur, élevé dans la laïcité.

L’auteur nous propose le récit de l’histoire, en 1984, puis la rencontre avec Lucas en 2007 et ce qui se passe en 2016. Ce récit est fort, riche en émotions, en retenue ou dans des termes très physiques, crus et l’on sent que, toute sa vie, il a été marqué par cet amour de jeunesse, le premier donc le plus intense, révélateur qui va transformer le lycéen coincé, timide, le regard caché derrière ses lunettes de myope.

Comment vit-on la différence, l’homosexualité, en fonction du milieu auquel on appartient, de l’éducation que l’on a reçu, des préjugés? de l’époque? Est-il possible pour tout le monde d’en parler librement?

Le thème de la séparation dans le couple est souvent présent également, mais dans ce roman, il ne triche pas, ne se cache pas, raconte cet amour qui a conditionné sa vie d’adulte. Mais comme le dit Thomas, dans cette phrase prémonitoire : « parce que tu partiras et que nous resterons ».  Il nous raconte l’histoire, les souvenirs, avec l’œil de l’adulte qu’il est maintenant, donc une autofiction, pas une autobiographie.

On retrouve souvent le prénom Thomas, dans ses livres : « La trahison de Thomas Spencer » ou même Thomas Andrieu, son vrai nom dans « Son frère », ce qui montre l’importance qu’il a eu dans sa vie.

J’aime la façon dont Philippe Besson parle des trajectoires, des routes qui se croisent ou pas, des aléas :

« J’écrirai également sur les rencontres qui changent la donne sur les conjonctions inattendues qui modifient le cours d’une existence, les croisements involontaires qui font dévier les trajectoires. » P 37

J’ai beaucoup aimé ce livre intime, intimiste, la sensibilité de Philippe Besson me touche toujours autant, et j’ai découvert au passage les auteurs qu’il aime : Marguerite Duras, Hervé Guibert ainsi que les évocations de certains de ses propres romans, que l’on peut relire, revisiter à travers le prisme du fantôme de Thomas.

J’espère que l’effet catharsis va le libérer et qu’il continuera de nous enchanter … faut-il se résoudre aux adieux ? Telle est la question qu’il se pose à travers ses livres…

Je l’ai déjà dit, et redit, j’adore cet auteur, son écriture, ses mots, sa sensibilité et j’espère avoir été convaincante, ne dévoilant que le minimum pour ne pas spoiler et sans tomber dans la sensiblerie.

 

L’auteur

« Philippe Besson est un spéléologue de l’intime » : Bernard Pivot

« Besson écrit court, sec, vif. Il parvient à surprendre et captiver. Remarquable. » : François Busnel

« Philippe Besson écrit avec une grande finesse, sans fioritures, et avec une acuité durassienne » : Claire Chazal

Pour ne citer qu’eux…

 

Extraits

Je ne sais pas que je n’aurai plus jamais dix-sept ans, je ne sais pas que la jeunesse, ça ne dure pas, que ce n’est qu’un instant, que ça disparaît et quand on s’en rend compte, il est trop tard, c’est fini, elle s’est volatilisée, on l’a perdue… P 18

Je sais, en revanche, que les prénoms parfois trahissent une origine sociale, un milieu, et qu’ils ancrent ceux qui les portent dans une époque. P 29

Je tâche de mesurer la part de hasard, la part de chance, d’évaluer la nature de l’aléa qui conduit à la rencontre et je n’y réussis pas. On est dans l’impondérable. P 37

Si j’ai l’habitude de la prudence, si j’ai l’art de ne pas répondre aux inquisitions, je ne sais rien encore de la dissimulation, de la clandestinité. P 38

Il dit que pour moi les choses sont simples, que tout ira bien, que je m’en sortirai, c’est écrit, il n’y a pas d’inquiétudes à avoir, je suis fait pour ce monde, il m’ouvre les bras. Alors que pour lui, c’est comme s’il y avait une barrière, un mur infranchissable, comme si l’interdit prédominait. P 70

… Et ce sentiment, qui sait, de ne pas être tout à fait à sa place, ici, d’être une sorte de déraciné, comme si on pouvait avoir le déracinement en héritage. P 87

Je me demande si la froideur des pères fait l’extrême sensibilité des fils. P 90

Vous avez dû l’aimer beaucoup pour me regarder comme ça. P 135

Je sais aussi tout ce qu’on doit quitter de soi pour ressembler à tout le monde. P 139

 

Lu en avril 2017

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5 commentaires sur « « Arrête avec tes mensonges » de Philippe Besson »

    1. j’aime beaucoup cet auteur et là il s’est mis à nu sans tomber dans le voyeurisme. tout est dans la sensibilité… celui qui m’a le moins plu jusqu’à présent c’est « vivre vite » sur James Dean et je lui ai quand même mis 4 étoiles!!!!

      Aimé par 1 personne

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