Publié dans 19e siècle, Littérature russe

« Maître et serviteur » de Léon Tolstoï

Je vous parle aujourd’hui de Tolstoï, un autre auteur russe que j’aime beaucoup avec cette nouvelle: « Maître et serviteur », lu sur ma liseuse grâce à:

https://bibliotheque-russe-et-slave.com/Livres/Tolstoi%20-%20Maitre%20et%20serviteur.htm

 

Résumé:

Vassili Andréitch Brekhounov, riche commerçant doit se rendre à Goriatschkino, pour négocier l’achat de bois. Il est pressé car, comme toujours, il veut payer le moins cher possible et l’affaire risque de lui passer sous le nez.

Il décide de prendre la route avec un petit traîneau en compagnie de Nikita, qui travaille pour lui (se fait exploiter par lui serait plus adapté) alors que la tempête s’annonce.

Il aurait pu faire halte dans un village, après s’être perdu un première fois mais il est obsédé par son affaire et n’écoute personne.

 

Ce que j’en pense

Tolstoï nous livre une réflexion sur le lien Maître et serviteur, employeur employé et sur le pouvoir que confère l’argent par rapport à celui qui doit obéir.

Il met en parallèle la sagesse de Nikita, proche de la terre, des éléments et des animaux qui sait d’instinct comment affronter la tempête, la neige, le blizzard, mais qui obéit aux ordres, même s’ils sont dénués de bon sens.

Face à lui, Vassili le maître obsédé par son affaire, il s’obstine à continuer la route dans la tempête mettant tout le monde en danger : il savait qu’il fallait s’arrêter au village la première fois où ils se sont perdus, mais l’appât de gain du maître est trop fort.

Il ne s’agit pas simplement de la relation entre deux hommes perdus dans la tempête, c’est aussi une critique de la société de l’époque (est-ce que cela a beaucoup changé ?)

Une mention spéciale pour la misogynie du maître : « ma femme ne saura pas se faire payer. Qu’elle est ignorante ! Elle n’a pas de savoir-vivre », pensa-t-il en se rappelant la façon dont elle avait reçu le commissaire de police qui lui avait fait visite la veille à l’occasion de la fête.

« Une femme, quoi ! Où aurait-elle pu s’éduquer ? Était-ce une maison convenable, celle de ses parents ? »

Tolstoï parle aussi de sa relation avec la mort : doit-on la redouter ou en accepter la fatalité : Vassili a peur de la mort, il pense même un moment, que Nikita peut bien mourir de froid, cela n’a pas grande importance, par rapport à sa propre vie.

Nikita, lui, ne redoute rien, la mort est une fatalité, quel est le prix de la vie pour lui ? il suit son instinct, sa propre expérience, pour se protéger, et tenter de protéger son maître et Moukhorty, le cheval qui est un être humain pour lui, il lui parle, le bichonne alors que pour Vassili, il n’est qu’un moyen de locomotion.

Les phrases sur la mort sont très belles.

« Mourait-il ou s’endormait-il ? Il ne le savait ; mais il se sentait également prêt pour l’une ou pour l’autre chose. »

J’ai lu cette nouvelle il y a très longtemps, à la même époque que la première lecture de « Anna Karénine », et la magie a fonctionné une nouvelle fois, j’ai retrouvé le texte qui s’était imprimé tout au fond de ma mémoire alors que je pensais l’avoir oublié…

 

Extrait

Un extrait qui donne une idée de la situation, sans révéler trop de détails sur le récit :

« Cependant Vassili Andréitch, écartant sa pelisse, frottait allumette sur allumette contre la boîte sans parvenir à allumer sa cigarette, car ses mains tremblaient, et le vent éteignait le feu avant qu’il eût pu le porter à la cigarette. Enfin une allumette prit ; la flamme, un instant, éclaira la fourrure de son col, sa main avec une bague d’or au médius, son sac couvert de neige qui avait glissé sous lui ; la cigarette s’alluma. Il tira avec avidité deux bouffées, avala la fumée, la fit passer par le nez ; mais avant qu’il eût pu en tirer une nouvelle bouffée, le vent fit tomber le feu de la cigarette et l’emporta.

Toutefois, ces quelques bouffées de fumée avaient suffi pour le réconforter.

— Puisqu’il faut coucher ici, couchons-y ! dit-il avec décision.

Apercevant les brancards dressés en l’air, il voulut rendre le signal plus apparent et montrer à Nikita son savoir-faire.

— Attends, dit-il en prenant le foulard qu’il avait enlevé de son col et jeté dans le traîneau, je vais encore y accrocher un drapeau.

Il ôta ses gants, se dressa de toute sa hauteur en allongeant le corps et noua fortement le foulard au bout d’un des brancards. Le drapeau improvisé flotta aussitôt, tantôt ouvert et claquant au vent, tantôt se collant au brancard.

— Vois-tu comme c’est bien, dit Vassili Andréitch satisfait de son œuvre et rentrant dans le traîneau… Il ferait plus chaud ensemble, mais il n’y a pas de place pour deux.

— Je trouverai bien où me mettre, répondit Nikita, mais il faut auparavant couvrir le cheval, la pauvre bête est tout en sueur. Soulève-toi donc, ajouta-t-il en s’approchant du traîneau et en retirant de dessous Vassili Andréitch la toile à sac.

Puis il la plia en deux et en couvrit Moukhorty.

— Comme cela, tu auras plus chaud quand même, petit sot, dit-il en mettant par-dessus la toile la sellette et la lourde avaloire.

— Est-ce que vous avez besoin de l’autre toile ? Et donnez-moi aussi un peu de paille, dit Nikita en revenant au traîneau.

Ayant pris l’une et l’autre, il alla derrière le traîneau, fit un petit trou dans la neige, y mit la paille, puis il rabattit son bonnet sur ses oreilles, s’enveloppa dans son kaftan, se couvrit avec cette toile d’étoupe et s’assit sur la paille en s’adossant à l’arrière du traîneau qui le garantissait du vent et de la neige.

Vassili Andréitch hocha la tête en signe de désapprobation de ce que faisait Nikita, comme d’ailleurs il désapprouvait en général l’ignorance et la bêtise des moujiks, et se disposa pour la nuit.

Il égalisa la paille dans le traîneau, et, les mains dans les manches, il posa sa tête dans le coin du devant qui l’abritait contre le vent.

Il n’avait pas envie de dormir. Il réfléchissait, il pensait toujours à la même chose, à ce qui était l’unique but, le sens, la joie et la fierté de sa vie : l’argent ; ce qu’il en avait gagné et ce qu’il pouvait en gagner encore ; ce que d’autres avaient gagné et pouvaient encore gagner comme lui, et les moyens de le gagner »

https://bibliotheque-russe-et-slave.com/Livres/Tolstoi%20-%20Maitre%20et%20serviteur.htm

 

Lu en mars 2017

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6 commentaires sur « « Maître et serviteur » de Léon Tolstoï »

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