Publié dans 19e siècle, Littérature russe

« Le double » de Fiodor Dostoïevski

Et voici mon dernier livre de cet auteur pour l’année, il faut savoir faire durer le plaisir… lu grâce à « https://www.ebooksgratuits.com

Le double de Dostoievski

Résumé

C’est l’histoire de Goliadkine, un fonctionnaire de Saint-Pétersbourg dont la vie va être bouleversée par l’irruption brutale d’un double de lui-même qui, peu à peu va prendre sa place tant à son travail que dans la vie privée, le calomniant et entraînant sa chute.

A sa grande stupéfaction, personne dans son entourage, même son valet Petrouchka, n’est surpris de voir évoluer côte à côte les deux personnages.

L’auteur appelle ce double : le jeune, alors que le héros est désigné comme l’aîné et nous suivons leur histoire.

Ce que j’en pense

« Le double » (en russe : Двойник), deuxième roman de Dostoïevski est très différent du premier  » Les pauvres gens » car il s’attèle à un sujet cher à l’auteur : la folie.  Il affuble son héros d’un nom prometteur qui voudrait dire « Nu » ou « insignifiant ».

Au début on peut parler d’hallucination : Goliadkine voit apparaître un double, une réplique de lui, comme dans un miroir. En regardant de plus près, il est plus jeune : on les désignera donc le jeune, et l’aîné (que l’auteur appelle souvent « notre héros »). En fait, c’est plus compliqué, on est au-delà d’une simple hallucination car tout le monde voit les deux personnages… mais est-ce vraiment le cas ?

On hésite entre le dédoublement de la personnalité, le délire paranoïde et le fantastique, de type Dr Jekill et Mr Hyde, durant une bonne partie du récit.

On a un dédoublement de la personnalité, un délire de persécution : son double est mieux apprécié que lui, toute sa hiérarchie le dénigre. Il est constamment dans la suspicion, et surtout l’interprétation, ce qui donne des cogitations incessantes, parfois obscures.

L’état de notre fonctionnaire se dégrade brutalement dans le froid, la neige, la boue qui sont omniprésent au propre et au figuré. Analogie avec le froid de son âme ? En tout cas, cela joue un rôle dans la décompensation des troubles.

On peut aussi faire le parallèle avec : le petit moi étriqué, enfermé de Goliadkine, les pulsions de vie qui s’expriment chez son double qui semble sociable mais manipulateur, en gros comme le théorisera Freud plus tard : le ça, le moi et dans le rôle du surmoi le médecin, que l’on rencontre deux fois dans le récit, ou l’administration et ses règles rigides…

On sent la fascination de Dostoïevski pour la folie, l’aliénation mentale, il en perçut certains aspects, alors que c’était le flou artistique à son époque. On reste dans le visuel, alors que les hallucinations sont souvent auditives (entendre des voix, les ondes émises par les extraterrestres…) en tout cas il réussit très bien à mettre en évidence le mode de fonctionnement de son héros, à nous faire entrer dans son mental.

Ce livre a été écrit, pour la première fois, en 1846 (le terme psychose a été évoqué pour la première fois en 1845 !) : on a parlé de « démence précoce » à la fin du XIXe siècle et schizophrénie au début du XXe… la première classification psychoses et névroses remontant à Kraepelin en 1898 mais Dostoïevski était mécontent de son texte et aurait voulu le réécrire entièrement.

Un texte hallucinant et halluciné percutant, dérangeant, qui rappelle « Le journal d’un fou » ou « Le manteau », donc un hommage à Gogol au passage. L’auteur met bien en évidence avec son style torturé, les paroles étranges et le récit heurté de la « folie » dont le rythme va crescendo. Freud a dû apprécié ce texte, lui qui aimait à dire : « j’ai bien compris Dostoïevski mais j’ai suffisamment de patients ».

Ce court roman est très particulier, avec plusieurs niveaux de lecture, on l’aime ou le déteste, en tout cas, il ne laisse pas indifférent car il soulève beaucoup de réflexions et je ne suis pas sûre d’avoir donné envie de le lire, tant ma critique est décousue…

Extraits

Je suis un homme insignifiant, vous le savez vous-même, mais, pour mon bonheur, je ne regrette pas d’être un homme insignifiant. Bien au contraire.

Mais à mesure que M. Goliadkine prononçait ces paroles, sa personne subissait une étrange métamorphose. De singuliers éclairs passaient dans ses yeux gris, ses lèvres étaient secouées d’un tremblement convulsif, les muscles de son visage frémissaient. Tout son corps palpitait.

Je suis profondément heureux, Vladimir Semionovitch, de vous présenter mes félicitations, mes plus sincères félicitations, à l’occasion de votre promotion. D’autant plus heureux que c’est de nos jours, comme personne ne l’ignore, le règne des fils à papa.

Fuir, se fuir lui-même, se cacher à lui-même. Oui, c’était bien cela. Disons même plus. Non seulement notre héros cherchait de toutes ses forces à se fuir lui-même mais encore il aurait donné cher pour pouvoir s’anéantir d’une façon définitive, pour être, sur le champ, réduit en cendres.

A cet instant, il était dans la situation d’un homme se tenant au bord d’un précipice. La terre sous ses pieds s’effrite. Elle tremble, elle bouge, elle roule vers le fond de l’abîme entrainant le malheureux qui n’a même plus la force ni le courage de faire un bond en arrière, de détacher ses yeux du gouffre béant. Le gouffre l’attire ; il y saute, hâtant de lui-même le moment de sa perdition.

Il était même tout prêt à mettre tout cela sur le compte d’un cauchemar exceptionnel, d’un dérangement momentané de son imagination, d’un trouble soudain de son esprit ; mais une longue et amère expérience de la vie lui avait enseigné à quel point la haine peut exaspérer les hommes, les rendre capables des pires cruautés pour un honneur outragé ou une ambition déçue.

Ballotté par les cahots de son vétuste équipage, M. Goliadkine se gaussait de lui-même. Ces acerbes plaisanteries qui avivaient ses propres plaies, constituaient pour lui, en cet instant, le plus vif plaisir, disons plus, la plus grande des voluptés.

Aucun ne résistait à l’envoûtement de l’imposteur. Il les accaparait tous, l’un  après l’autre, du plus brillant au plus insignifiant. Cet être faux et vaniteux savait employer les plus doucereuses flatteries pour arriver à ses fins.

Lu en mars 2017

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4 commentaires sur « « Le double » de Fiodor Dostoïevski »

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