Publié dans Littérature française

« Neige » de Maxence Fermine

Je voulais lire ce livre depuis très longtemps, mais au milieu de plein d’autres et  le temps passe trop vite et il était disponible à la bibliothèque, orné d’un beau cœur rouge qui en disait long…

Neige de Maxence Fermine 

Quatrième de couverture

Au Japon, à la fin du siècle dernier, le jeune Yuko s’adonne avec ferveur au haïku, court poème traditionnel de trois vers, qui, dans son apparente simplicité, reflète la sagesse et l’art de vivre de ce pays que nous connaissons si peu.

Afin de parfaire sa maîtrise du haïku, il décide de se rendre auprès d’un maître avec lequel il se lie, sans qu’on sache lequel des deux apporte le plus à l’autre. Dans cette relation, faite de respect et de silence, l’image obsédante d’une femme disparue dans les neiges réunira les deux hommes.

Dans une langue sobre et pure, Maxence Fermine raconte une histoire où la beauté et l’amour ont la simplicité du haïku. On y trouve aussi le portrait d’un Japon raffiné fait à la fois de violence et de douceur. Maxence Fermine a trente ans et vit en Haute-Savoie, dans la neige, dont la magnifique blancheur inspire ce livre. « Neige » est son premier roman.

 

Ce que j’en pense

Une belle rencontre entre un jeune homme qui ne peut écrire que sur la neige, le blanc et un vieux maître aveugle qui parle, des couleurs, les voit. Entre eux deux, une femme Neige, qui fut le grand amour du maître et qui évoluait avec grâce et légèreté, comme une plume, sur son fil à des hauteurs telles qu’on aurait pu croire qu’elle volait.

J’apprécie beaucoup les haïkus et Maxence Fermine en donne, dans son récit une fort belle définition:

« Ne rien enjoliver. Ne pas parler. Regarder et écrire. En peu de mots. Dix-sept syllabes. Un haïku. »

On trouve des comparaisons sublimes entre le funambulisme et la poésie : plume légère de l’écriture qui ne tient qu’à un fil…

Cela évoque la magie des contes Zen et la relation maître à disciple telle qu’elle existait autrefois : comme les chants de Milarépa. On s’attend à voir apparaître, Maître Deshimaru ou un sage tibétain… voyage, voyage…

Un long poème en prose, écrit dans une langue magnifique. Qui parle de l’amour, de la passion mais aussi du temps qui passe, de la recherche de la paix, voire de la sagesse.

Léger comme une caresse, doux comme la soie, protecteur tel un cocon, tout ce blanc lumineux et au loin, les couleurs s’ébauchent comme un arc-en-ciel. Un moment de pur bonheur, un livre dans lequel on a envie de replonger encore et encore….

 

Extraits

La poésie n’est pas un métier. C’est un passe-temps. Un poème, c’est une eau qui s’écoule. Comme cette rivière.

 

C’est ce que je veux faire. Je veux apprendre à regarder passer le temps.

Yuko vénérait l’art du haïku, la neige et le chiffre sept.

Le chiffre sept est un chiffre magique. Il tient à la fois de l’équilibre du carré et du vertige du triangle.

La poésie est avant tout la peinture, la chorégraphie, la musique et la calligraphie de l’âme. Un poème est un tableau, une danse, une musique et l’écriture de la beauté tout à la fois. Si tu désires devenir un maître, il te faudra posséder le don d’artiste absolu.

La couleur n’est pas au dehors. Elle est en soi. Seule la lumière est dehors.

Neige était devenue funambule par souci d’équilibre. Elle, dont la vie se déroulait comme un fil tortueux, entrelacé de nœuds que nouaient et dénouaient la sinuosité du hasard et la platitude de l’existence, excellait dans l’art subtil et périlleux consistant à évoluer sur une corde raide.

C’est dans le noir le plus profond que Soseki a peint la blancheur, à découvert la pureté. Ensuite, il a découvert que la vraie lumière et les vraies couleurs demeurent à jamais intrinsèquement liées à la beauté de l’âme.

Le plus difficile, pour le poète, c’est de rester continuellement sur le fil de l’écriture, de vivre chaque heure de sa vie à hauteur, de ne jamais redescendre, ne serait-ce qu’un instant, de la corde de son imaginaire. En vérité, le plus difficile, c’est de devenir un funambule du rêve.

 

Lu en mars 2017

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10 commentaires sur « « Neige » de Maxence Fermine »

  1. Je l’ai lu deux fois et j’ai été emportée deux fois. J’aime la simplicité, la délicatesse et la poésie de ce roman, si caractéristiques du Japon. Je l’ai offert à plusieurs reprises et il a toujours plu. C’est un petit bijou.

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