Publié dans 19e siècle, Littérature russe

« une sale histoire » de Fiodor Dostoïevski

 

Place aujourd’hui à une  autre nouvelle, avec (Скверный анекдот) « Une sale histoire » dénichée sur mon site de prédilection qui  a préféré le titre: « une fâcheuse histoire »  :

Une Sale Histoire de Dostoievski

 

Quatrième de couverture

1862 : début des grandes réformes en Russie, qui annoncent une tentative de libéralisation du régime. Désireux de prouver sa largeur d’esprit, alors fort à la mode, un grand chef de l’administration s’invite à la noce d’un modeste fonctionnaire.

La série de catastrophes découlant de cette très mauvaise idée est l’occasion d’une farce irrésistible qui, par son impertinence caustique, annonce déjà la révolution

 

Ce que j’en pense

Dostoïevski nous livre ici le portrait d’un fonctionnaire, Ivan Iliitch Pralinski, rempli d’idéal mais également d’orgueil.

Lors d’une pendaison de crémaillère, il discute avec deux autres fonctionnaires de haut grade comme lui et essaie de démontrer qu’il est libéral alors que ses collègues sont attachés à leurs privilèges. Il boit plusieurs coupes de champagne alors qu’il ne boit pas d’habitude et s’échauffe un peu.

Lorsqu’il veut rentrer chez lui, son cocher n’est pas là, alors il décide de rentrer à pied, passant devant une maison où se déroulent les noces d’un de ses subalternes et désirant mettre en pratique ses grands principes, il décide de s’inviter. Il prépare son entrée en scène, ce qu’il va dire dans ses pensées, construit son scénario mais rien ne se passe comme il l’avait imaginé et il va continuer à boire, disant un peu n’importe quoi.

Dostoïevski est sans pitié face à ce fonctionnaire qui n’est pas si ouvert que cela sur les idées « révolutionnaires » et qui se conduit de façon plutôt méprisante avec les invités, lui qui voulait montrer qu’il n’avait pas l’esprit de classe et qu’il était plein de bienveillance, prouve au contraire son orgueil, son mépris de l’autre, sa condescendance.

Cette nouvelle caustique qui ne ménage pas le milieu des hauts fonctionnaires, les castes, les différences sociales, a été écrite en 1862, alors que la Russie commence à frémir…

« Ceci se passait au temps où, emportés par leur foi en la renaissance de notre chère patrie, les meilleurs de ses enfants s’élançaient, enthousiastes, vers de nouveaux espoirs et de nouvelles destinées. »

Cet auteur me plaît de plus en plus, et j’aime son style percutant ainsi que la manière dont il interpelle le lecteur au cours de ses récits.

Challenge XIXe siècle 2017

 

Extraits

https://bibliotheque-russe-et-slave.com/Livres/Dostoievski%20-%20Une%20facheuse%20histoire.htm

Par une nuit d’hiver, claire et calme, trois hommes respectables étaient réunis dans une chambre meublée avec confort, voire même avec un certain luxe, d’une des belles maisons du quartier de Pétersbourskaïa Storona. Enfoncés dans des fauteuils profonds et moelleux, ces personnages qui, tous les trois, avaient le rang de général[1], discutaient posément sur un thème très curieux, tout en avalant de temps en temps une copieuse rasade de Champagne.

C’est alors que, redressant la tête, Ivan Iliitch commença à parler éloquemment sur les idées en cours qu’il avait rapidement faites siennes. Toutes les occasions de se produire lui paraissaient bonnes ; il s’était mis à courir par la ville et avait rapidement acquis une renommée de libéral, ce qui, par parenthèse, le flattait beaucoup.

La nuit était splendide. Il gelait, mais le temps était calme et sans brise ; le ciel clair était tout couvert d’étoiles et la pleine lune déversait sur la terre sa lumière argentée.

Du reste, il est certain qu’il n’a rien compris de ce que je disais, ajouta M. Pralinski. D’ailleurs, peu m’importe : le principal est que, moi-même, je sois convaincu ! L’humanitarisme… l’amour du prochain !… Rendre l’homme à lui-même… faire naître en lui la conscience de sa propre dignité et alors… s’élancer dans l’action avec ce matériel tout neuf.

Il reste entendu qu’en ma qualité de gentleman, je condescends à ne leur demander aucun signe extérieur de respect… Mais, moralement, c’est une tout autre affaire : mon acte fait ressusciter en eux un sentiment ancien et noble : ils comprennent, ils apprécient !

Longtemps encore on en parlera aux veillées et cette simple petite histoire d’un dignitaire, d’un homme d’État, cette petite histoire s’élèvera à la hauteur des mythes sacrés. J’aurai relevé moralement un humilié, un pauvre diable, je l’aurai rendu à lui-même tout en lui inculquant les plus beaux principes moraux !

« Et pour peu que je répète cette excursion deux ou trois fois, j’aurai acquis une popularité universelle…

 

Lu en mars 2017

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5 commentaires sur « « une sale histoire » de Fiodor Dostoïevski »

    1. tout à fait, ça m’étonne d’ailleurs. je vais faire une pause car « le double » que je suis en train de lire est spécial déroutant mais la maladie mentale à l’époque c’était les balbutiements…

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