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« Et toujours elle m’écrivait »Jean-Marc Savoye

Je vous parle aujourd’hui d’un livre découvert en avant-première :

 et-toujours-elle-mecrivait-de-jean-marc-savoye-et-philippe-grimbert

 

Résumé de l’éditeur

« Tu me connais, mon chéri, je ne t’écrirai pas. » Et toujours elle m’écrivait. En écrivant ce récit, j’ai compris toute la portée de cette promesse allègrement trahie. Ces lettres, ces petites cartes, tel un aveu, m’apportaient la seule bonne nouvelle : ma mère m’aimait, malgré elle, mais elle m’aimait. (…) C’est pour cela que je me suis accroché aux mots. Ils furent toujours mes alliés, que ce soit seul devant ma feuille de papier, devant l’écran de mon ordinateur, dans le secret du cabinet de l’analyste, je n’ai eu que les mots pour déjouer les mensonges et traquer la vérité où qu’elle se niche, que les mots pour faire parler les silences et pour accoucher les morts de leur vérité, fut-elle terrible. »

Seule la littérature peut rendre compte de l’ineffable de la psychanalyse. « Jean-Marc Savoye y parvient en évitant les écueils de l’impudeur ou de l’apitoiement dans un récit qui lui appartient en propre mais nous concerne cependant tous, névrosés ordinaires que nous sommes » écrit Grimbert.

C’est aussi un projet totalement inédit : par des interventions ponctuelles lumineuses, Philippe Grimbert, avec qui Savoye a terminé son analyse, éclaire pour son ancien patient et pour le lecteur, ce qui s’est joué. Un pari admirablement réussi.

 

Ce que j’en pense

J’ai bien aimé la construction du livre qui alterne le récit de Jean-Marc et les interprétations de Philippe Grimbert et je remercie vivement les éditions Albin Michel et babelio.com de m’avoir permis d’en lire les épreuves.

Par contre, j’ai mis du temps pour rédiger cette critique car c’est difficile de parler d’un tel livre ; on a l’impression de s’immiscer dans l’intimité de l’auteur, comme une effraction et en parallèle, on se livre à une auto-analyse comme en écho avec ce qu’analysent les auteurs.

Jean-Marc raconte l’histoire de sa vie, via la psychanalyse, qu’il a choisi pour ne pas tomber dans la dépression. Il effectue trois démarches consécutives avec différentes méthodes : allongé sur le divan durant la première avec un analyste intervenant de façon minimaliste, puis assis en face à face, lors de la deuxième…

Il décrit bien sa relation avec son père, sa mère toxique, exigeante qui lui répète souvent qu’elle ne l’a pas désiré et qu’il a failli lui coûter la vie et la culpabilité que cela engendre chez lui.

On a une belle étude de ce qu’on appelait autrefois la cure par la parole, et des différentes techniques, l’importance de la neutralité bienveillante, l’analyste ne doit pas être un ami et on doit savoir fort peu de choses sur sa vie privée.

On retrouve une description des thèmes importants de la psychanalyse sans tomber dans la caricature : on aborde les Lacaniens, les Freudiens en ne gardant que ce qu’ils ont apporté vraiment sans les interprétations rigides qu’ont pu en faire les disciples de ces deux figures de la psychanalyse, par exemple la fameuse durée de séance fixée à quarante-cinq minutes, érigée en règle absolue par les disciples de Freud et qui en fait était liée à la durée de consommation de ses cigares !!!

On retrouve ainsi le transfert, le contre-transfert, le signifié, le signifiant, les jeux de mots, l’analyse des significations sous-jacentes lorsqu’on emploie telle ou telle locution ou expression.

Jean-Marc dit notamment : « je passais le plus clair de mon temps à contempler mon imperméable accroché à une patère fixé près de la porte », ce qui donne : patère pater, imper, un père…

Il est très lucide, vis-à-vis de lui-même et parle de l’importance de l’écriture, de ces chansons qui reviennent en boucle dans notre tête, martelant un message que nous ne parvenons pas toujours à identifier.

Je me suis régalée mais c’est mon métier donc peut-être suis-je partiale… le rituel immuable imposée par la technique du « cerbère mutique » m’a beaucoup amusée.

 

Extraits

Ce devait être un lundi plus gris et plus triste que d’habitude. L’âme mélancolique, embourbée dans la réalité où je ne trouvais pas ma place. Sans autre désir qu’être à demain. J’étais à deux doigts de la dépression, j’ai choisi l’analyse.

Avec ses enfants, c’était différent. Elle ne pouvait s’empêcher de les juger et, le plus souvent, de les critiquer. Nous n’étions jamais aussi travailleurs, intelligents, sérieux que les enfants de tel ou tel…

Comme les autres, j’ai grandi avec le sentiment qu’il fallait être à la hauteur. De quoi ? Je n’ai jamais su, mais à la hauteur.

Soudain, j’eus comme une révélation. Dolto avait raison. Il y avait, caché dans les mots, dessus, dedans, dessous ou autour un explosif redoutable : la vérité. Je me suis mis à écouter différemment, à guetter ce que l’on disait vraiment.

« Fuir le bonheur de peur qu’il se sauve ». C’était cela ma vie. La peur qui m’habitait depuis si longtemps, cette glaise dans laquelle mes désirs les plus forts se fossilisaient, c’était cela. Surtout, ne pas être trop heureux.

J’étais avec mes enfants le père que j’aurais voulu avoir. Le père que je m’étais inventé. Par moment, il me semblait que je jouais au père plus que je ne l’étais.

Il y a intérêt que l’analyste tienne bon, surveille le cap d’une traversée qui n’est pas la sienne, mais dans laquelle il est embarqué.

 

Lu en février 2017

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5 commentaires sur « « Et toujours elle m’écrivait »Jean-Marc Savoye »

    1. il a réussi à me donner envie de lire Lacan vis-à-vis duquel j’ai toujours tenu mes distances (un de mes prof était Lacanien et trop caricatural… là, l’auteur a gardé ce qui était important dans chaque école sans concession ni idolâtrie et sa lucidité, sa juste distance en font une lecture très intéressante…

      Aimé par 1 personne

  1. Je devrais lire ce livre, j’aime la psychanalyse, j’ai une mère toxique, plus toxique que jamais en ce moment alors que j’ai volontairement disparu de sa vie et les extraits sont tellement proches de mon ressenti. Mais je viens de lire mon enfance même si la maladie n’était pas la même et que, heureusement, j’étais la dernière, avec l’histoire de Mathilde. Je note mais pour plus tard.

    Aimé par 1 personne

    1. idem pour moi! (toxicité) en partageant son expérience, cet auteur m’a fait prendre conscience que je n’étais pas allée assez loin dans mon analyse d’où une nouvelle couche pour affronter tout cela avec un autre analyste

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