Publié dans 19e siècle, Littérature russe

« Le petit héros » de Fiodor Dostoïevski

Je continue mon voyage avec Dostoïevski avec cette nouvelle:

 le-petit-heros-de-dostoievski

 

Résumé :

Le petit héros n’a pas encore onze ans quand on l’envoie passer quelques temps, dans une propriété appartenant à la famille, où l’on reçoit une cinquantaine d’invités tous les jours.

Il va la faire la connaissance de plusieurs femmes et va connaître son premier état amoureux avec l’une d’elles, dans le cadre d’une histoire d’amour au niveau des adultes.

 

Ce que j’en pense

Une année seulement sépare cette nouvelle de « Un cœur faible » dont j’ai parlé précédemment et Dostoïevski livre ici un petit chef-d’œuvre. Il est vrai que la situation a changé puisqu’il a été arrêté et emprisonné pour complot politique, et c’est là qu’il a écrit ce texte.

On retrouve une nouvelle fois cette société aisée baignant dans l’oisiveté, où l’on discute sans fin, jetant l’argent par les fenêtres.

L’auteur raconte de façon subtile l’enfance, les premiers émois amoureux pour une femme mariée, la manière dont son corps réagit, le cœur qui s’accélère, les pensées qui n’arrivent pas à s’exprimer, les actes de bravoure quand il n’hésite pas à monter un cheval rétif qui a découragé les adultes, pour prouver à sa belle ce dont il est capable.

Dostoïevski nous livre un texte magnifique sur les espoirs et les souffrances qu’engendre l’amour, sur la beauté des sentiments tout en rendant un bel hommage à la nature, la campagne russe et ses paysages qui vont rester gravés mais on sent qu’après cette expérience amoureuse, rien ne sera plus jamais pareil, comme un rite initiatique d’entrée dans le monde adulte.

On peut faire aussi un parallèle avec l’emprisonnement qui changera la vie de l’auteur, car au moment où il écrit cette nouvelle, il ne sait quelle sera la condamnation et s’attend au pire.

Il analyse de façon très fine les tourments de l’enfant, à hauteur d’enfant, et on sent poindre à l’horizon la manière si particulière dont l’auteur parlera plus tard de ses héros torturés.

Bref, j’ai adoré…

Challenge XIXe siècle 2017

 

Extraits

Tout y était gai et animé ; c’était une fête perpétuelle. Notre hôte paraissait s’être juré de dissiper le plus vite possible son immense fortune ; et, en effet, il réussit rapidement à résoudre ce problème : il jeta si bien l’argent par les fenêtres qu’il n’en resta plus vestige.

Je parle toujours de mes onze ans, c’est qu’en effet j’étais un enfant, rien qu’un enfant. Parmi les jeunes femmes, plusieurs me caressaient volontiers, mais ne songeaient guère à s’informer de mon âge ; cependant, — chose étrange ! — un sentiment, que j’ignorais encore, s’était emparé de moi, et quelque chose s’agitait vaguement dans mon cœur.

Non-seulement il aimait sa femme jusqu’à la faiblesse, mais encore il en faisait son idole. En rien, il ne la gênait. Elle avait de nombreux amis des deux sexes, Mais, étourdie en tout, elle ne se montrait guère difficile dans le choix de son entourage, quoiqu’au fond elle fût beaucoup plus sérieuse qu’on ne pourrait le croire d’après ce que je viens de raconter.

… et en effet, celui qui aime beaucoup souffre beaucoup ; ses blessures sont soigneusement cachées aux regards curieux, car un chagrin profond d’ordinaire se tait et se dissimule.

L’extrait qui suit  a une résonance particulière par les temps qui courent:

Aveuglés par l’orgueil, ils ne se connaissent point de défauts. Semblables à ces fripons mondains, nés Tartufes et Falstaffs, si fourbes qu’à la fin ils arrivent à se persuader qu’il doit en être ainsi, ils vont répétant si souvent qu’ils sont honnêtes, qu’ils finissent par croire que leur friponnerie est de l’honnêteté. Incapables d’un jugement quelque peu consciencieux ou d’une appréciation noble, trop épais pour saisir certaines nuances, ils mettent toujours au premier plan et avant tout leur précieuse personne, leur Moloch et Baal, leur cher moi. La nature, l’univers n’est pour eux qu’un beau miroir qui leur permet d’admirer sans cesse leur propre idole et de n’y rien regarder d’autre ; ce pourquoi il n’y a lieu de s’étonner s’ils voient laid. Ils ont toujours une phrase toute prête, et, comble du savoir-faire, cette phrase est toujours à la mode. Leurs efforts tendent à ce seul but, et quand ils y ont réussi, ils la répètent partout. Pour découvrir de telles phrases, ils ont le flair qui convient et s’empressent de se les approprier, pour les présenter comme si elles étaient d’eux. La vérité étant souvent cachée, ils sont trop grossiers pour la discerner, et ils la rejettent comme un fruit qui n’est pas encore mûr. De tels personnages passent gaiement leur vie, ne se souciant de rien, ignorant combien le travail est difficile ; aussi gardez-vous de heurter maladroitement leurs épais sentiments : cela ne vous serait jamais pardonné ; ces gens-là se souviennent de la moindre attaque et s’en vengent avec délices. En résumé, je ne peux mieux comparer notre individu qu’à un énorme sac tout rempli, pour mieux dire bondé de sentences, de phrases à la mode et de toutes sortes de fadaises.

 

Lu en février 2017

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5 commentaires sur « « Le petit héros » de Fiodor Dostoïevski »

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