Publié dans 19e siècle, Littérature russe

« Un cœur faible » de Fiodor Dostoïevski

Je continue d’explorer l’univers de cet auteur avec cette nouvelle, toujours à partir du site bibliothèque russe et slave :

un-coeur-faible-de-dostoievski

 

Résumé

Le petit fonctionnaire Vassia Choumkov, qui jouit de la bonne disposition de son chef de bureau, tombe amoureux, est sur le point de se marier et devient fou  » par reconnaissance ».

Cet homme un peu bossu, qui craint toujours d’être une charge pour les autres, ressent d’un coup, jusqu’à en être progressivement écrasé, le poids du monde, dans une ville oppressante qui pourrait n’être que le rêve du Dieu sarcastique de l’Ancien Testament.

 

Ce que j’en pense

Je suis partagée devant cette nouvelle écrite en 1848. J’ai aimé certains thèmes, notamment l’approche de la folie, avec ce petit fonctionnaire hypersensible mais de manière différente de celle du prince Muichkine de « l’idiot » qui est beaucoup plus abouti.

Dostoïevski décrit ici la montée en puissance de l’obsession : Vassia qui baigne dans le bonheur, avec son projet de mariage, qui remet toujours à plus tard son travail de copie calligraphie pourrait-on dire, tant le héros se met la pression tout seul.

Son colocataire le voit sombrer peu à peu, usé par le manque de sommeil, l’exigence qui frôle le perfectionnisme. Il se comporte de façon anarchique parfois, et la logorrhée fait place, peu à peu, à des propos décousus, voire délirants ; l’auteur parle même de catalepsie.

Donc l’aspect psychologique m’a plu, de même que la description de la société, des fonctionnaires, mais j’ai trouvé le texte trop larmoyant : Vassia et son ami pleurent beaucoup, se consolent souvent l’un l’autre.

Une scène très touchante: l’achat d’un bonnet à rubans pour la fiancée de Vassia…

 

Extraits

La routine oblige un auteur à exposer au préalable l’âge, le grade, l’emploi et même le caractère des personnages qu’il met en scène ; mais comme beaucoup d’écrivains commencent leurs récits de cette façon, le conteur de la présente histoire, pour ne pas faire comme les autres, — et peut-être même, diront quelques-uns, par une présomption infinie, — se voit obligé d’entrer immédiatement en plein cœur de son sujet.

Arcade Ivanovitch était même satisfait que l’incident eût mis fin à ce flux de paroles. Les circonstances présentes étaient la cause des épanchements de gratitude de Vassia. Mais lui, Arcade, se reprochait de ne pas mériter réellement pareilles effusions : il sentait que, jusqu’ici, il avait si peu fait pour son ami ! Une sorte de honte le prenait de ces chaudes manifestations, que rien, dans leurs relations anciennes, ne justifiait. Alors, il songea qu’il     avait encore toute la vie devant lui pour se dévouer et il respira plus aisément…

Oui, je ne me suis pas trompé : le bonheur l’a retourné, positivement. Mon Dieu ! il a fini par m’angoisser, moi aussi. Pour le moindre motif, il s’exalte et pousse les choses au tragique. En voilà, une fièvre ! Il faut le sauver, il faut le sauver, conclut Arcade, sans remarquer que lui-même exagérait en voulant voir un grand malheur dans les pauvres petits désagréments quotidiens.     

Toute l’histoire se réduisait à ceci : que Vassia se sentait fautif devant luimême, qu’il se reprochait d’être un ingrat, qu’il était abattu et surtout remué par tant de bonheur dont il se croyait indigne. Enfin, il se tuait dans cette recherche incessante, maladive, de quelque prétexte à être malheureux, et la preuve c’était que, depuis hier, il n’avait pu encore revenir à un état normal et paraissait être toujours dans l’attente de quelque événement inattendu.

… chaque fait extraordinaire s’accompagne, en même temps, de la crainte de l’imprévu et de l’agrément, de l’attrait du nouveau.

 

Lu en février 2017

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4 commentaires sur « « Un cœur faible » de Fiodor Dostoïevski »

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