Publié dans 19e siècle, Littérature russe

« Les sept pendus » de Leonid Andreïev

Je vous parle aujourd’hui d’une nouvelle d’un auteur que je ne connaissais pas, lue grâce au site  « Littérature russe et slave », les challenges ont du bon :

 les-sept-pendus-leonid-andreiev

Résumé de l’éditeur

Quand le chef de la sûreté apprend au ministre N. qu’un groupe de terroristes tentera de l’assassiner le lendemain, le malheureux ministre passe la nuit la plus épouvantable qu’il ait connue. Arrêtés, les cinq terroristes sont condamnés à mourir pendus. Pour faire bonne mesure on leur adjoint deux meurtriers, l’un de profession, l’autre simple d’esprit.

Dans la solitude absolue de ceux dont la société a décidé de se débarrasser, les sept condamnés doivent affronter la perspective de leur mort prochaine, l’angoisse étouffante de leurs dernières nuits, l’absurdité sans nom de leur destin.

 

Ce que j’en pense

Je viens de découvrir cet auteur qui m’a beaucoup plu. Il aborde la mort sous plusieurs aspects, tout d’abord la peine de mort avec une description rapide des jugements, et le séjour dans ce qu’on appellerait aujourd’hui les couloirs de la mort : il faut attendre qu’il y ait un nombre suffisant de prisonniers pour exercer la sentence, on va donc mélanger un groupe de « terroristes » condamnés pour un attentat déjoué à temps et deux autres détenus qui ont tué.

L’auteur aborde également la transformation du fonctionnement mental des condamnés, face à l’échéance : ils savent qu’ils vont mourir mais quand ? le tic-tac sadique de l’horloge qui sonne tous les quarts-d ’heure est là pour rappeler à chacun les secondes qui s’égrènent.

Cette incertitude de l’heure par rapport à la certitude de la mort est envisagée pour chacun des personnages et on voit leur évolution parfois surprenante, le plus motivé idéologiquement n’est pas forcément le plus indifférent…

Il y en a même un qui est dans le déni : on ne peut pas le tuer.

Andreïev évoque aussi, via le général qui a échappé à l’attentat, comment le fait d’être passé à deux doigts de la mort peut avoir des conséquences catastrophiques, car notre général imagine tout ce qui aurait pu se passer : syndrome du survivant ?

On accompagne les condamnés jusqu’à la fin et les relations entre eux, leur communication va évoluer, à la suite de leur cheminement personnel.

Une nouvelle très intense, bien écrite publiée en 1908…

Challenge XIXe siècle

 

L’auteur

Né à Oriol, au sud de Moscou, en1871, Leonid Nikolaïevitch Andreïev (en russe : Леонид Николаевич Андреев) est un journaliste et écrivain russe. Il est le père du poète Daniel Andreïev.

Andreïev fut, comme conteur et comme dramaturge, l’un des écrivains les plus représentatifs de la fin du XIXe et du commencement du XXe siècle russe.

Il a écrit des nouvelles, des romans Le gouverneur,  des pièces : la vie de l ’homme

Leonid Andreïev acclama l’avènement de la République, mais le coup d’État bolchevique le fit émigrer à Kuokkala, en Finlande, où il mourut le 12 septembre 1919, à l’âge de 48 ans.

 

Extraits

Vêtu d’une chemise de nuit, la barbe embroussaillée, le regard irrité, le ministre ressemblait à tous les vieillards tourmentés par l’asthme et l’insomnie. On eût dit que la mort, préparée pour lui par d’autres, l’avait dénudé, arraché du luxe dont il était entouré.

Ce n’est pas mourir qui est terrible, c’est de savoir qu’on va mourir. Il serait tout à fait impossible à l’homme de vivre s’il connaissait l’heure et le jour de sa mort avec une certitude absolue.

Pour ne pas croire à la mort, il faut voir et entendre autour de soi le mouvement coutumier de la vie : des pas, des voix, de la lumière. Et maintenant, tout était extraordinaire pour lui ; ce silence, ces ténèbres, qui semblaient être déjà de la mort, mais il sentait déjà l’approche de la mort inévitable ;

L’immense forteresse aux murailles lisses plongeait dans l’obscurité, dans le silence ; une barrière de calme et d’ombre la séparait de la ville continuellement vivante. Alors, on entendait sonner les heures ; étrangère à la terre, une mélodie étrange naissait et mourait, lentement, tristement. Comme de grosses gouttes de verre transparentes, les heures et les minutes tombaient d’une hauteur incommensurable, dans une vasque métallique qui vibrait doucement. Parfois, c’étaient des oiseaux qui passaient.

S’il y a de la noblesse dans la cruauté, le silence solennel, sourd, mort, qui saisissait tout souffle, tout frôlement, était noble. Dans ce silence, que traversait le tintement désolé des minutes qui s’enfuient, trois hommes et deux femmes, séparés du monde, attendaient la venue de la nuit, de l’aurore et du supplice ; et chacun s’y préparait à sa manière.

Le temps disparut comme s’il se fût transformé en espace, en un espace transparent et sans air, en une immense place sur laquelle se trouvait tout, et la terre, et la vie et les hommes. Et on pouvait embrasser tout d’un seul coup d’œil, jusqu’à l’extrémité, jusqu’au gouffre inconnu, jusqu’à la mort. Et ce n’est pas parce qu’il voyait la mort que Serge souffrait, mais parce qu’il voyait la vie et la mort en même temps.

D’un côté, il voyait la vie, et de l’autre, il voyait la mort ; et c’était comme deux mers profondes, étincelantes et belles, confondues à l’horizon en une seule étendue infinie.

 

Lu en février 2017

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7 commentaires sur « « Les sept pendus » de Leonid Andreïev »

  1. En lisant vite, j’ai vu « Leonid Brejnev ». Comme une idiote, je me disais « tiens, je ne savais pas qu’il avait écrit quelque chose » !!! 😛 Déformation professionnelle ! Je vois Leonid et je fais automatiquement l’association !

    Aimé par 1 personne

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