Publié dans 19e siècle, Littérature russe

« Les nuits blanches » de Fiodor Dostoïevski

Poursuivant ma quête de Dostoïevski, je vous parle aujourd’hui d’une nouvelle lue grâce à « https://bibliotheque-russe-et-slave.com »

les-nuits-blanches-de-fiodor-dostoievski

Quatrième de couverture

Les Nuits blanches, c’est d’abord un vrai roman d’amour. Un jeune homme solitaire et romanesque rencontre, une nuit, dans Pétersbourg désert, une jeune fille éplorée. Désespérée par un chagrin d’amour, Nastenka se laisse aller au fantasme du jeune homme, amoureux depuis le premier instant, le berce – et se berce – dans l’illusion d’une flamme naissante…

 

Ce que j’en pense

C’est l’histoire d’une rencontre improbable qui se déroule sur 3 nuits, et l’auteur décrit la manière dont ils font connaissance : elle est en larmes et il ose l’aborder malgré sa timidité. Chacun va raconter son histoire : en fait, elle pleure car elle est amoureuse d’un homme dont elle n’a pas de nouvelles et en l’écoutant. Il est seul, sa vie n’est pas très gaie.

Au fur et à mesure qu’ils se parlent, se racontent, il tombe amoureux d’elle. Amour ? amitié amoureuse ?

J’aime beaucoup l’incipit : « La nuit était merveilleuse – une de ces nuits comme notre jeunesse en connu, cher lecteur. Un firmament si étoilé, si calme ; qu’en le regardant on se demandait involontairement : peut-il vraiment exister des méchants sous un si beau ciel ? – et cette pensée est encore une pensée de jeunesse. Mais puissiez-vous avoir le cœur bien longtemps jeune. »

Dostoïevski parle aussi de son amour pour la ville de Saint-Pétersbourg, pour les maisons, leur architecture ou leur rénovation pas forcément de bon goût.

On retrouve l’hypersensibilité de l’auteur, toujours torturé, se posant inlassablement des questions sur l’amour, sur sa solitude, sur la vie.

Dostoïevski est toujours fasciné par les rêves et il rêve sa vie à défaut de la vivre, d’où l’exaltation lors de la rencontre : il ne pouvait que tomber amoureux de Nastenka qui lui était inaccessible.

J’ai retrouvé, dans cette nouvelle, écrite en 1848, cette sensibilité et ce sens du détail, ces descriptions des gens, des maisons, et l’atmosphère de la ville qui m’avaient plu dans « L’idiot » publié vingt ans plus tard.

Donc, cette œuvre de jeunesse propose au lecteur (qu’il interpelle parfois) une belle histoire romantique, parfois même lyrique, entre deux héros exaltés… Et bien-sûr l’envie de continuer l’aventure avec cet auteur que j’apprécie beaucoup et dont j’ai toujours du mal à parler par crainte peut-être d’être en deçà (serais-je encore plus perfectionniste que lui?) …

Extraits :

Car, depuis huit ans que je vis à Pétersbourg, je n’ai pas réussi à me faire un seul ami. Mais qu’est-ce qu’un ami ? Mon ami, c’est Pétersbourg tout entier. Et s’il me semblait ce matin que « tout le monde » m’abandonnait, c’est que Pétersbourg tout entier s’en était allé à la campagne.

Je suis très bien aussi avec les maisons. Quand je passe, chacune d’elles accourt à ma rencontre, me regarde de toutes ses fenêtres et me dit : « Bonjour ! comment vas-tu ? Moi, grâce à Dieu, je me porte bien.

Vous comprenez maintenant, lecteur, comment je connais tout Pétersbourg.

Je vous ai déjà dit les trois journées d’inquiétude que je passai à chercher les causes du singulier état d’esprit où je me trouvais. Je ne me sentais bien nulle part, ni dans la rue ni chez moi. Que me manque-t-il donc ? pensais-je, pourquoi suis-je si mal à l’aise ?

Écoutez-moi, interrompis-je, je ne puis pas ne pas venir ici demain. Je suis un rêveur, j’ai si peu de vie réelle, j’ai si peu de moments comme celui-ci, que je ne puis pas ne pas les revivre dans mes rêves. Je rêverai de vous toute la nuit, toute la semaine, toute l’année. Je viendrai ici demain, absolument, précisément ici, demain, à la même heure et je serai heureux de m’y souvenir de la veille… Cette place m’est déjà chère.

Après mes nuits fantastiques, j’ai de terribles moments de lucidité. Et autour de moi la vie tourbillonne pourtant ! la vie des hommes, celle qui n’est pas faite sur commande… Et pourtant, encore ! leur vie s’évanouira comme mon rêve.

L’heure se fait sombre, il se sent vide et triste ; tout son royaume de rêves s’écroule sans bruit, sans laisser de traces… comme un royaume de rêves ; mais une sensation obscure se lève déjà en son être, une sensation inconnue, un désir nouveau, et voilà que s’assemble autour de lui tout un essaim de nouveaux fantômes.

Mais alors je ne me demandais pas encore : Où sont les rêves ? et voici que je hoche la tête et je me dis : Comme les années passent vite ! qu’en as-tu fait ? as-tu vécu ? regarde comme tout est devenu froid ! les années passeront, toujours davantage ta solitude t’accablera et viendra la vieillesse accroupie sur son manche à balai ; ton monde fantastique pâlira…

Les idéaux se succèdent, on les dépasse, ils tombent en ruines, et puisqu’il n’y a pas d’autre vie, c’est sur ces ruines encore qu’il faut fonder un idéal dernier. 

Lu en février 2017

Publicités

5 commentaires sur « « Les nuits blanches » de Fiodor Dostoïevski »

  1. J’ai lu cette nouvelle il y a plusieurs années et j’avais beaucoup aimé. La littérature russe en général me plaît beaucoup, j’ai eu ma « période russe » et je m’étais promis en créant mon blog de me replonger dedans. Malheureusement, je n’ai pas encore eu le temps…

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s