Publié dans Challenge 19e siècle, Littérature française

« La bourse » : Honoré de Balzac

Je vous parle aujourd’hui d’une nouvelle de mon ami Honoré de Balzac, lu confortablement sur ma liseuse, grâce à « e-books libres et gratuits » :

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Résumé de l’éditeur

Un jeune peintre prometteur fait une chute dans son atelier et se réveille dans les bras d’une ravissante inconnue, sa voisine. Mais cette idylle naissante est rapidement contrariée par les soupçons qui pèsent sur cette jeune fille et sa mère.

Pourquoi un riche vieillard vient-il chaque soir chez elles perdre de l’argent au jeu ? Et que penser lorsque la bourse du jeune peintre disparaît après une partie de cartes disputées avec ses voisines.

 

Ce que j’en pense

Ce n’est un secret pour personne, je suis « Balzacolâtre » depuis le début de l’adolescence et j’ai décidé de lire « La comédie humaine » dans l’ordre en relisant, si j’ai envie, certains romans…

Il s’agit de la troisième nouvelle des « Scènes de la vie privée » et l’incipit est splendide, mettant l’eau à la bouche du lecteur :

« Il est pour les âmes faciles à s’épanouir une heure délicieuse qui survient au moment où la nuit n’est pas encore et où le jour n’est déjà plus. »

Balzac nous raconte la manière dont un jeune peintre talentueux, reconnu par ses pairs, décoré, Hippolyte Schinner rencontre, à la suite d’une chute dans son atelier, Adélaïde sa voisine et en tombe amoureux.

« Il reprit bientôt connaissance et put apercevoir, à la lueur d’une de ces vieilles lampes dites à double courant d’air, la plus délicieuse tête de jeune fille qu’il eût jamais vue, une de ces têtes qui souvent passent pour un caprice du pinceau ; mais qui tout à coup réalisa pour lui les théories de ce beau idéal que se crée l’artiste et d’où procède son talent… »

Il la regarde d’abord avec les yeux du peintre, détaillant son visage, la manière dont elle évolue avec sa mère dans leur appartement plutôt miteux, qu’il décrit avec moult   détails, comme il le fait toujours.

Puis, il la contemple avec les yeux de l’amour, l’émotion apparaît ainsi que le cortège des doutes : comment expliquer les relations des deux femmes avec un homme d’un certain âge et son acolyte qui est sa pâle copie, qui viennent tous les soirs jouer et perdre aux cartes.

La jalousie, le doute font leur apparition, alimentés par les potins, surtout lorsque Hippolyte perd sa bourse chez les deux femmes : vol, malhonnêteté, vie dissolue ? Il se met alors à réinterpréter tous les faits, gestes et paroles sous l’emprise du doute.

Balzac nous livre une belle étude du sentiment amoureux, avec ses élans et ses doutes, sur fond de vie difficile,  la beauté observée par un artiste, mais aussi l’importance de l’imagination, du rêve sur l’amour et sur l’existence  et il pose une autre question : l’amour peut-il guérir un être s’il mène une vie un peu dissolue, le racheter en quelque sorte ?

J’éprouve toujours autant de plaisir à lire ses analyses, ses descriptions et la manière dont il manie la langue française.

Challenge XIXe siècle 2017

 

L’auteur

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Extraits

 

L’imagination aide au naturel de chaque détail et ne voit plus que les beautés à l’œuvre. A cette heure, l’illusion règne despotiquement : peut-être se lève-t-elle la nuit ? l’illusion n’est-elle pas pour la pensée une espèce de nuit que nous meublons de songes.

… puis une attitude ou les sons d’une voix mélodieuse embellis par le lointain de la mémoire reparaissaient tout à coup, comme ces objets qui plongés au fond des eaux reviennent à la surface…

Ces stigmates de misère ne sont point d’ailleurs sans poésie aux yeux d’un artiste.

Ces traits si fins, si déliés pouvaient tout aussi bien dénoter des sentiments mauvais, faire supposer l’astuce et la ruse féminines que révéler les délicatesses d’une belle âme. En effet, le visage de la femme a cela d’embarrassant pour les observateurs vulgaires, que la différence entre la franchise et la duplicité, entre le génie de l’intrigue et le génie du cœur, y est imperceptible.

Le cœur a la singulière puissance de donner un prix extraordinaire à des riens. Quelle joie n’est-ce pas pour un voyageur de cueillir un brin d’herbe, une feuille inconnue, s’il a risqué sa vie dans cette recherche. Les riens de l’amour sont ainsi…

Perdre un bonheur rêvé, renoncer à tout un avenir, est une souffrance plus aigüe que celle causée par la ruine d’une félicité ressentie, quelque complète qu’elle ait été : l’espérance n’est-elle pas meilleure que le souvenir ? Les méditations dans lesquelles tombe tout à coup notre âme sont alors comme une mer sans rivage au sein de laquelle nous pouvons nager pendant un moment, mais où il faut que notre amour se noie ou périsse.

 

 

Lu en janvier 2017

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Publié dans Littérature française

« Le pêcheur d’étoiles » de Roxane-Marie Galliez

Je vous parle aujourd’hui d’une pépite que j’ai découverte en 2014,  grâce à Masse critique de Babelio et aux éditions Aethilla…

 

Le pêcheur d'étoiles

 

Résumé

          Sur les rives d’or de la Phénicie, Barbar attend l’aube. Il réfléchit dans la l’obscurité de la nuit et se demande s’il est heureux et où se situe le bonheur, à l’intérieur de soi, à l’extérieur… il va voir son ami Petrus qui vit en ermite dans la montagne car il a bien compris que lui avait trouvé le bonheur dans la solitude et la méditation.

          Petrus lui conseille de se demander s’il est un sédentaire ou un nomade, ce qui est déjà une première piste que Barbar va explorer en quittant son village pour aller explorer le monde. Il rencontre un géant, le fauconnier qui se dit chef d’orchestre de l’Univers et lui fait survoler son village dans une machine et lui confie une plume. Il prend alors conscience de l’immensité du monde qui l’entoure notamment de l’océan et peut-être sa place est-elle là ?

          Il va rencontrer ainsi différents personnages qui lui font découvrir le monde : Baal le potier, le prieur, le marchand d’or dont il épouse la fille et le pêcheur d’étoiles …

Ce que j’en pense :

          Ce petit récit est en fait un conte philosophique, une leçon de sagesse. Barbar au fil des expériences apprend la vie, l’immensité de l’univers, à construire quelque chose de ses mains, il apprend aussi la patience et la confiance (lorsque quelqu’un lui commande 1000 pots qu’il exécute sans savoir si l’acheteur reviendra les chercher.

          Il apprend l’importance des rêves et la nécessité de les réaliser avant qu’il ne soit trop tard. Il apprend que l’autre n’est pas forcément un ami et qu’il faut être vigilant, mais aussi que l’on apprend de ce qui nous blesse. Il découvre ce qui fait un homme avec ses défauts et ses qualités, et que l’on construit sa vie comme un ouvrage. C’est aussi une histoire d’amour et une quête de l’identité.

          C’est le premier livre de Roxane Marie GALLIEZ qui me passe entre les mains et je remercie vivement  Babelio et les éditions Aethilla  pour ce magnifique cadeau. En effet, ce livre est à déguster, chaque chapitre est une leçon de sagesse, simple, sans que l’auteur se prenne pour un gourou.

          Le texte est très bien écrit, les mots chantent, c’est un long poème en prose dont on ne veut et ne peut pas sortir, car on reçoit ici des leçons de vie. Ce texte va m’accompagner au cours de ma vie par sa profondeur et sa simplicité. L’auteure passe en revue tous les enseignements de la méditation et on retrouve des points communs avec la philosophie Zen.

          Il est joliment préfacé par Christian BOBIN et présenté avec une couverture qui incite à la méditation, au calme mental. Encore une auteure que je vais suivre car son itinéraire, sa réflexion me plaisent car ils sont proches des miens.

Note : 9/10

 

Extraits :

         Assis sur les rives d’or de la Phénicie Barbar attend l’aube et décide de partir chercher le bonheur et repeindre le ciel au fond de lui. P 13

 

          … Et peut-être la lune n’a-t-elle pas choisi d’être Lune, peut-être désirait-elle être soleil, et la vie en a décidé autrement. Que serait le monde, si elle refusait d’être ce que l’Univers a prévu qu’elle soit ? P 17

 

          … Le nomade n’est pas à la recherche d’un asile, le nomade porte son refuge à l’intérieur de  lui et il n’a pas besoin d’une terre pour s’enraciner. Le nomade est enraciné à l’Univers par l’esprit, ses pieds sont libres, seule son âme est accrochée aux nuages. P 19

 

          Il apprit l’humilité devant ce que l’on crée il apprit à recommencer ce qui était imparfait, il apprit qu’il ne fallait pas hésiter à briser pour mieux reconstruire, et que dans ses mains, il possédait le pouvoir de bâtir. P 29

 

          Barbar comprenait. Comme le chef d’orchestre, le prieur se sentait utile aux autres. Et soudain, Barbar souhaita plus que tout connaître ce sentiment de plénitude, lui qui se sentait aussi creux que les pots. P 32 

 

          Je suis pêcheur d’étoiles. Sais-tu que les étoiles de mer sont des rêves échoués ? Je les pêche pour les remettre dans le ciel, là où est leur place, là où elles étaient à l’origine. Chaque fois que tu trouves un étoile de mer, rappelle-toi que c’est un rêve qui a été abandonné. P 54

 

          Barbar apprit alors à apprivoiser le temps, à compter les grains de sable, à compter les étoiles, il apprit à attendre sans compter, il apprit, enfin, à aimer sans attendre. P 66

 

Lu en octobre 2014

 

Publié dans Littérature française

« La légende de nos pères » de Sorj Chalandon

          Je vous parle aujourd’hui d’un livre paru, il y a déjà quelques années,  en 2009 pour être plus précise, que j’ai souvent reporté à plus tard pour cause de PAL débordante…

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Quatrième de couverture

          « J’ai laissé partir mon père sans écouter ce qu’il avait à me dire, le combattant qu’il avait été, le Résistant, le héros. J’ai tardé à le questionner, à moissonner sa mémoire. Il est mort en inconnu dans son coin de silence. Pour retrouver sa trace, j’ai rencontré Beuzaboc, un vieux soldat de l’ombre, lui aussi. J’ai accepté d’écrire son histoire, sans imaginer qu’elle allait nous précipiter lui et moi en enfer… » S.C.

 

Ce que j’en pense

          Dans ce roman, l’auteur réalise un travail sur la mémoire, en écrivant des biographies à petit tirage, à la demande d’un membre de la famille pour rendre hommage à l’un des leurs. Pour cela, il rencontre les personnes et notent tout ce qu’elles lui confient.

          Ici, ce sont les souvenirs de guerre de Beuzaboc, à la demande de sa fille. Mais qui est-il vraiment ?

          Il approfondit ainsi ce qu’est le véritable travail du biographe : mettre simplement des mots sur les souvenirs que l’autre raconte, rechercher les émotions, ou vérifier les faits à la manière d’un journaliste ?

          « Le client raconte, le biographe écrit. C’est son devoir, sa fonction, son rôle. Et peu importe si tout est trop beau ou trop calme. »

          Il aborde ainsi très bien la notion de doute : S’agit-il de vrais souvenirs, ou embellit-il les faits pour se construire une légende ? Cela résonne d’autant plus chez le biographe que son propre père a été un héros anonyme, un survivant des camps et qu’il ne connaît pratiquement rien de lui car il était trop petit à son retour.

          Certes, on peut vérifier les évènements dans les journaux de l’époque, mais, il est parfois difficile de retracer un parcours individuel (héros de l’ombre ou passé reconstruit?) Tout le monde s’est réveillé Résistant à la Libération alors que les vrais héros, ceux qui revenaient des camps restaient dans l’ombre. Voulait-on vraiment les entendre ?

          On voit ainsi se tisser un échange, comme au tennis,  entre la culpabilité de celui qui n’a peut-être pas été un héros et celle de celui qui n’a pas écouté son père décédé trop tôt, quand il en parlait avec son frère aîné et tous les regrets que cela peut provoquer ?

         « On fait son deuil, mais on ne revient pas d’un rendez-vous manqué »

          Le style de Sorj Chalandon est direct, les phrase courtes, percutantes, voire lapidaires et la trame s’étoffe, peu à peu, comme les instruments qui se rajoutent pour enrichir le thème dans une partition de musique et il entraîne le lecteur dans une histoire passionnante. J’ai beaucoup aimé ce roman, comme j’avais apprécié « Le quatrième mur ».

 

L’auteur

Après trente-quatre ans à Libération, Sorj Chalandon est aujourd’hui journaliste au Canard enchaîné. Il est l’auteur de reportages sur l’Irlande du Nord et le procès de Klaus Barbie qui lui ont valu le prix Albert-Londres en 1988.

Il est aussi l’auteur de plusieurs romans, entre autres: « Une promesse » (prix Médicis en 2006), « Mon traître », « La Légende de nos pères » (2009), « Retour à Killybegs » (Grand Prix du roman de l’Académie française en 2011)  » Le Quatrième Mur » ( prix Goncourt des lycéens en 2013).

En 2015, il a publié : « Profession du père »

 

Extraits

          Il disait qu’il avait le cancer du chagrin.

          Son retour de camp, c’était cela. Des résistants en trop, des déportés en plus, une humanité barbelée dont on n’a su que faire.

          J’avais laissé partir mon père… ce héros sans lumière, ce résistant, ce brave, ce combattant dans son coin d’ombre. J’avais laissé partir cet inconnu, ce soldat, ce déporté. Qui était retourné à la liberté comme on va au silence. J’ai laissé partir une page de notre histoire commune.

          Sans l’avoir su, je partageais mon enfance avec un héros et je jouais du clairon pour empêcher sa voix.

          Mon père et moi pensions avoir le temps de parler de ce temps. Nous remettions à plus tard la cérémonie des confidences. Jamais nous ne nous l’étions avoué. C’était même devenu une taquinerie entre nous. Une façon de se dire à demain. Et Lucas a perdu la vue. Et mon père s’est couché. Et j’ai renoncé. Et la mort nous a soudain dérobés l’un à l’autre.

           Comment approcher l’évident, le simple, des feuilles qui frissonnent. Parce qu’écrire frissonner, c’est déjà s’éloigner de la feuille. Elles ne frissonnent pas, les feuilles. Elles font tout autre chose que ce qu’en dit le vent. Elles ne bougent pas, ne remuent pas, ne palpitent pas. Elles feuillent. Voilà, elles feuillent, les feuilles. Et le ciel, il nuage.

          Le biographe est là pour autre chose que raconter des faits. Il existe pour ce que d’autres disent d’eux-mêmes, pour ce qu’ils prétendent de leur vie. Il est là pour offrir à chacun sa part de vrai et sa part d’autre chose. Ni mensonge, ni falsification, mais promenade en lisière de tout cela à la fois.

 

Lu en janvier 2017

Publié dans Littérature française

« La promesse de l’aube » de Romain Gary

          Je vous parle aujourd’hui d’un livre que je m’étais promis de lire lors du centenaire de sa naissance en 2014:

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Quatrième de couverture

          -Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele D’Annunzio, Ambassadeur de France – tous ces voyous ne savent pas qui tu es !

Je crois que jamais un fils n’a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là. Mais, alors que j’essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu’elle me compromettait irrémédiablement aux yeux de l’Armée de l’Air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j’entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports :

– Alors, tu as honte de ta vieille mère ?

Ce que j’en pense

          Dans ce livre, Romain Gary nous raconte son enfance depuis Vilnius, puis la Pologne jusqu’à l’exil en France, élevé par sa mère dans des conditions difficiles, son père l’ayant abandonné. On le suit ainsi jusqu’à l’âge adulte, à la fin de la deuxième guerre mondiale.

            Elle l’a élevé comme un prince : tu seras ambassadeur, mon fils, tu seras un grand écrivain, (pas n’importe lequel bien sûr : Dostoïevski, Hugo), tu seras un héros, mettant la barre si haut qu’il mènera sa vie en fonction d’elle, de sa notion d’identité, d’appartenance à la France  qu’elle idéalise, lui transmettant des valeurs peu conformes à la réalité.

           » Je pensais à toutes les batailles que j’allais livrer pour elle, à la promesse que je m’étais faite à l’aube de ma vie, de lui rendre justice, de donner un sens à son sacrifice et de revenir un jour à la maison, après avoir disputé victorieusement la possession du monde à ceux dont j’avais si bien appris à connaître, dès mes premiers pas, la puissance et la cruauté. »

          Dès son plus jeune âge, il écrit noircissant des pages à un rythme parfois éreintant, se cherchant un pseudonyme digne de l’avenir que sa mère projette pour lui.

          Comment décrire le choc avec la réalité lorsqu’il voit ce qui se passe, dans sa vie d’enfant, puis lorsqu’il voit le comportement des gradés de l’armée pendant la guerre ou la manière dont on lui refuse son grade d’officier sous prétexte qu’il est Français par naturalisation, et naturalisé depuis trop peu de temps.

         Il a intériorisé ses paroles et il y a une sorte de dédoublement quand il cherche comment se comporter à l’âge  adulte; elle pense à travers lui, il s’exprime comme elle, les mots sortent de sa bouche selon ses expressions à elle, il a parfois même l’impression de parler avec l’accent russe.

          Il a été l’homme de sa vie, chacun des deux ayant vécu par procuration en fait, comme il l’écrit si bien:

          « J’ai toujours su que je n’avais pas d’autre mission ; que je n’existais, en quelque sorte, que par procuration. »

          Romain Gary rend un hommage magnifique à cette mère excessive, débordant d’amour pour son fils, prête à tous les sacrifices pour lui avec abnégation et qui l’a étouffé par cet amour démesuré, lui donnant une confiance totale en sa bonne étoile et en même temps des doutes sur ses propres désirs et sentiments. De nos jours, on la qualifierait de « mère toxique », de « mère juive », hyper protectrice voire abusive…

          Cette relation fusionnelle avec sa mère l’a conduit à faire  ses choix en fonction d’elle, jamais pour lui-même, essayant d’être conforme à ce qu’elle voulait pour lui. N’est-il pas passé à côté de sa vie, de se vrais désirs, pratiquement incapable de s’attacher à une autre femme qu’elle?

          L’écriture est magnifique, pleine d’humour et il est difficile de refermer ce livre, tant il nous emporte. J’ai adoré autrefois, « La vie devant soi » publié sous le pseudonyme d’Emile Ajar, (un autre moi ?). Cet homme me touche énormément par sa sensibilité, sa fragilité, et par son parcours:  diplomate, Compagnon de la Libération, écrivain… et sa fin tragique.

 

L’auteur

           Roman Kacew, devenu Romain Gary, est un diplomate et romancier français, de langues française et anglaise, né le 21 mai 1914 à Vilnius (Lituanie) dans l’Empire russe et mort le 2 décembre 1980 à Paris.

          Il a reçu le prix Goncourt à deux reprises, pour « Les racines du ciel » en 1956 puis sous le pseudonyme d’Emile Ajar avec « La vie devant soi » en 1975, et il s’est caché derrière d’autres noms encore…

         Petit clin d’œil: Gary, le nom qu’il s’est choisi pendant la guerre, signifie « Brûle! » en russe et Ajar : « la braise »…

http://www.jesuismort.com/biographie_celebrite_chercher/biographie-romain_gary-3572.php

 

Extraits:

          Ses propres ambitions artistiques ne s’étaient jamais accomplies et elle comptait sur moi pour les réaliser.

          Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances.

          Je ne dis pas qu’il faille empêcher les mères d’aimer leurs petits. Je dis simplement que les mères aient encore quelqu’un d’autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n’aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine.

          Rien ne pouvait m’arriver puisque j’étais son « happy end ». Dans ce système de poids et mesures que l’homme cherche désespérément à imposer à l’univers, je me suis toujours vu comme sa victoire.

          Il y a longtemps que je ne crains plus le ridicule ; je sais aujourd’hui que l’homme est quelque chose qui ne peut pas être ridiculisé.

           J’allais parfois me cacher dans mon refuge de bûches parfumées, je songeais à tout ce que ma mère attendait de moi, et je me mettais à pleurer, longuement, silencieusement :je ne voyais pas du tout comment j’allais pouvoir me retourner.

          La vérité meurt jeune. Tout ce que la vieillesse a « appris » est en réalité tout ce qu’elle a oublié…

         L’humour est une déclaration de dignité, une affirmation de la supériorité de l’homme sur ce qui lui arrive.

          Mais, je venais d’avoir dix-sept ans ; j’étais encore loin de soupçonner qu’il arrive aux hommes de traverser la vie, d’occuper des postes importants et de mourir sans jamais parvenir à se débarrasser de l’enfant tapi dans l’ombre, assoiffé d’attention, attendant jusqu’à la dernière ride une main douce qui caresserait sa tête et une voix qui murmurerait : « Oui, mon chéri, oui. Maman t’aime toujours, comme personne d’autre n’a jamais su t’aimer.

          …peut-être parce que j’avais été élevé par une femme et entouré de tendresse féminine, je n’étais pas capable de haine soutenue, et il me manquait donc l’essentiel pour comprendre Hitler.

          Mon égocentrisme est en effet tel que je me reconnais instantanément dans tous ceux qui souffrent et j’ai mal dans toutes leurs plaies.

 

Lu en janvier 2017

Publié dans BD

« Karma City » de Pierre-Yves Gabrion

Place à la BD aujourd’hui avec :

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Quatrième de couverture:

          Un banal accident de la route, une jeune archéologue trop intègre.

          Un mandala gravé, enjeu d’un trafic d’antiquités dans les plus hautes sphères du pouvoir.

          Une société utopiste et moraliste où chacun se doit d’être responsable de ses actes.

          Ce n’est qu’une fiction, mais Karma City, c’est aussi l’un de nos futurs possibles.

Ce que j’en pense

          J’ai choisi cette BD lors de l’opération masse critique de décembre dernier sur Babelio.com, que je remercie au passage ainsi que les éditions Dupuis, en raison du titre : le Karma, cela avait tout pour me plaire.

          En fait, cette ville idéale avec des lois fondatrices basées sur la loi du Karma, où l’on ne peut circuler qu’en fonction du détecteur de Karma positif, s’avère être aux antipodes de l’univers idyllique qu’on pourrait attendre d’elle.

          L’histoire en elle-même m’a relativement plu : des AVC qui frappe les gens de façon a priori banale, un rapport de routine qui débouche en fait sur une enquête compliquée, un flic rebelle qui n’écoute personne et se fie à son instinct, des ripoux… cela laisse présager un bon polar.

          L’agent Napoli est intéressant, comme tous les flics rebelles qu’on voit dans les polars. Par contre, sa supérieure hiérarchique est trop caricaturale : la police serait-elle machiste ?

          Seulement voilà, je ne suis pas vraiment entrée dans l’histoire, (il y avait pourtant un beau mandala fossile !). Et les dessins ne m’ont pas tellement plu, les traits sont épais accusés, les couleurs sombres renforcent le sentiment d’oppression.

          Surtout, le fait d’être sous surveillance électronique ou autre de façon permanente me hérisse le poil et renforce ma parano.

          Le site  http://karmacity.fr/ propose plusieurs planches pour se faire une idée…

 

L’auteur

          Pierre-Yves Gabrion est né au Maroc en 1956. Passionné de bande dessinée, il commence sa carrière dans le dessin de presse (L’Expansion, Le Point…), écrit des scénarios pour « le Journal de Mickey » et dessine pour « Fripounet » et « Spirou ».

           En 1987, sort un premier album destiné à la jeunesse « Amazonia » récompensé par l’Alph’Art coup de cœur Angoulême 1988, suivi de « Tumuc-Humac ».

          En 1990, il change radicalement de style et entame le cycle de « L’homme de Java ». En 1998, il publie « Les rameaux de Salicorne », et vient de sortir « Des hauts et des bas », premier épisode d’une nouvelle série, « Phil Koton »

 

Extraits

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Lu en décembre 2016

Publié dans BD

« Le Chat du Rabbin T4 » de Joann Sfar

Retour à la BD avec ce tome 4, intitulé : « Le Paradis terrestre ».

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Résumé de l’éditeur

          Nous avions quitté le chat perplexe, à Paris, sous la pluie. Le voici de retour en Algérie, aux alentours d’Oran plus précisément. Là, il va passer quelques jours avec le Malka des lions, véritable légende vivante, mais légende qui vieillit et s’interroge sur le sens de la vie.

Savoureuse aventure philosophique, brillante digression théologique, ce quatrième tome du Chat du Rabbin est une pure merveille qui confirme le statut particulier de l’une des œuvres majeures de la Bande Dessinée contemporaine.

Deux ans se sont écoulés depuis la sortie de L’exode, le précèdent tome du Chat du Rabbin, deux ans pendant lesquels la série est devenue, avec plus de 300 000 exemplaires vendus, le plus grand succès de la nouvelle Bande Dessinée et un véritable phénomène de société, qui a même débouché sur une pièce de théâtre.

          Ce quatrième tome voit le retour du Chat en Algérie, aux alentours d’Oran, ce qui permet à Joann Sfar de dessiner d’un trait sensuel le Maghreb, le désert et les villes du Sud, balade qui le rapproche parfois de Pratt. Mais l’auteur profite surtout de son Chat pour tranquillement philosopher et reprend avec son lecteur cette conversation informelle autour de Dieu et des hommes, un dialogue délectable, et toujours jouissif dont on ressort un peu meilleur, en se posant plus de questions qu’avant d’en commencer la lecture.

          Que peut-on demander de plus à un livre ?

Ce que j’en pense

J’avoue que ce quatrième tome m’a quelque peu déçue.

Le personnage du Malka ne me plaît pas beaucoup car il raconte des histoires qui le mettent en valeur et entretiennent sa légende, notamment ses conquêtes féminines, mais on tourne en rond.

L’auteur nous propose une réflexion sur la vieillesse, la décrépitude et la mort au travers de l’amitié du lion et du Malka :il voudrait mourir en même temps que son maître, car la vie l’un sans l’autre semble impossible, quitte à faire un pacte avec le serpent. Ce sont les échanges entre notre Chat et le lion philosophant sur la vieillesse et la vie en général qui sont intéressants.

L’idée était belle, prometteuse, mais on ne voit pas toujours où l’auteur veut en venir, on se perd dans les dédales de son récit. On voit monter les dissensions entre Juifs et Musulmans et les références aux textes religieux sont toujours présentes.

Par contre, les dessins de Joann Sfar me plaisent toujours autant. J’espère qu’il ne s’agit que d’une baisse de forme temporaire et je vais tenter de lire la suite.

Extraits:

Le chat: Dieu est incapable de parler.

Le lion: Qu’est-ce que tu en sais, microbe?

Le chat: Il est tout seul dans son immensité. A qui tu veux qu’il cause?

Le lion: A ses créatures.

Le chat: Ah bon, il te parle beaucoup à toi le bon Dieu?

Le lion: GRAOU…Attends, ça va être à moi

 

 
Lu en décembre 2016

 

Publié dans littérature USA

« Demain est un autre jour » de Lori Nelson Spielman

Blues des fêtes oblige, j’avais besoin d’une lecture doudou avec :

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Quatrième de couverture:

Qu’avez-vous fait de vos rêves de jeunesse ? Brett Bohlinger, elle, a un an pour le découvrir. Pensant hériter de l’empire cosmétique familial à la mort de sa mère, elle apprend que cette dernière, qui avait pour elle de tout autres projets, ne lui a légué qu’un vieux bout de papier : la liste de tout ce que Brett voulait vivre quand elle avait quatorze ans. Si elle veut toucher sa part, la jeune femme doit réaliser chaque objectif de cette « life list ».
Enseigner ? Aucune envie. Un bébé ? Andrew, son petit ami, n’en veut pas. Tomber amoureuse ? C’est déjà fait, grâce à Andrew. A moins que…

Ce que j’en pense:

          Plutôt encensé sur les réseaux sociaux, ce livre m’a relativement déçue. Certes, l’héroïne est sympathique et on a envie qu’elle réussisse le challenge que sa mère défunte lui a imposé : une liste des rêves qu’elle voulait réaliser lorsqu’elle avait quatorze ans.

La mère était à la tête d’une entreprise brassant beaucoup d’argent et contre toute attente, elle en cède la direction à sa belle-fille, le genre de femme que je déteste, m’as-tu-vu, je sais tout, je suis bien habillée, je régente la vie de tout le monde…

A elle, la direction de la boîte, à Brett une vieille liste sur un vieux bout de papier et cela ne choque personne, c’est pour son bien, pour qu’elle trouve sa voie, s’éclate dans la vie alors que la mère est passée à côté d’une partie de la sienne…

Bref, j’ai râlé pendant les cent premières pages, mais comme j’avais deux neurones en état de marche en cette période de fêtes, j’ai continué, car Brett est sympathique dans son côté naïf, ingénu et son angélisme… certains personnages sont caricaturaux, antipathiques, tels son petit ami Andrew pour ne citer que lui.

           J’allais oublier le psy qui donne des conseils par téléphone sur sa vie privée à une personne avec laquelle il collabore dans la prise en charge d’un ado. Cf. extrait ci -dessous.
S’occuper des déshérités, enseigner à domicile, chercher l’amour, on a droit à tout l’arsenal… Tout est beau au pays des Bisounours…

Bref, je renonce définitivement à ce genre de lecture, ce n’est vraiment pas pour moi, même quand je suis épuisée. La prochaine fois je choisirai un polar ou une BD.

Par contre, j’ai ma résolution du nouvel an : faire le nettoyage dans ma PAL et lire en priorité les livres que je gardais pour plus tard, quand je ne serai plus en état d’aller à la médiathèque.

 

L’auteur:

Lori Nelson Spielman est enseignante. Elle vit à East Lansing, Michigan, avec son mari. Demain est un autre jour est son premier roman. Les droits d’adaptation cinématographique en ont été achetés par la Fox

 

Extrait:

          « J’ai l’impression d’être… d’être un cadeau fait à mon père, mais un cadeau dont il n’avait pas franchement besoin. Je ne suis qu’une pâle copie de l’original dont il est raide dingue ».je ferme les yeux de toutes mes forces. « Pour résumer, je suis jalouse de Zoë. Je ne devrais pas, je le sais mais c’est comme ça.

          Quand il s’agit de nos sentiments, inutile d’employer le conditionnel. Ils sont présents, point final. » Sa voix est pareille à un gant humide sur mon front brûlant « Vous devez avoir l’impression que votre père protège votre sœur, mais pas vous. »
Les larmes me montent aux yeux et je m’évente le visage.

           … Vous n’avez besoin d’aucun médicament. Il vous faut davantage d’amour – que celui de votre père, d’un amant ou d’une autre source, peut-être même de vous-même. Il vous manque un besoin élémentaire à l’humain. Croyez-le ou non, vous faites partie des chanceuses – vous savez reconnaître vos besoins et en admettre le manque…

Lu pendant le week-end du 1er janvier 2017

 

 

Publié dans Non classé

Bonne année 2017

           Je vous souhaite à tous et toutes une excellente année 2017, avec joie, santé et surtout beaucoup de douceur pour effacer les mauvais souvenirs de l’année qui vient de s’achever.

           Et bien-sûr, plein de belles lectures à partager ensemble et cette belle phrase de William Shakespeare:

          « Je me sens toujours heureux, savez-vous pourquoi? Parce que je n’attends rien de personne. Les attentes font toujours mal, la vie est courte. Aimez votre vie, soyez heureux et gardez le sourire et souvenez-vous: avant de parler, écoutez; avant d’écrire réfléchissez. Avant de prier, pardonnez.  Avant de blesser, considérez l’autre. Avant de détester, aimez et avant de mourir, vivez »

          Pour rester encore un peu  avec Vincent Van Gogh :

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