Publié dans Challenge 19e siècle, Littérature française

« La maison du chat-qui-pelote » par Honoré de Balzac

          Je pensais avoir toutes l’œuvre de Balzac et en fait, je n’ai que les romans, pas les nouvelles mais sur  « ebooksgratuits.com », il y a l’œuvre intégrale, donc j’ai trouvé mon bonheur… (ou sur  d’autres sites: bibebook.com…)

          Je vous parle aujourd’hui d’une  de ses nouvelles :

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 Résumé de l’éditeur

 

          Drapier, monsieur Guillaume tient boutique à Paris. Il a deux filles à marier, et prévoit d’unir l’aînée, mademoiselle Virginie, à son premier commis. La cadette, mademoiselle Augustine, va s’éprendre d’un jeune artiste.

          Deux mariages, deux destins opposés.

          Dans ce roman placé en tête de La Comédie Humaine, Balzac traite plusieurs de ses thèmes favoris, les oppositions entre le passé et le présent, la vie d’artiste et la bourgeoisie, la prudence qui dure et la passion qui détruit.

  1.  La Comédie humaine – Études de mœurs. Premier livre, Scènes de la vie privée – Tome I. Premier volume de l’édition Furne 1842

 

Ce que j’en pense :

C’est la première fois que je lis une nouvelle de Balzac dont j’aime beaucoup les romans et c’est une vraie pépite. A travers elle, l’auteur nous décrit l’univers d’un commerçant drapier, sa vie de tous les jours entre sa femme (mariage de raison bien-sûr) ses filles qu’il convient de marier, ses apprentis qui sont prennent les repas en commun, mais doivent quitter la table avant le dessert.

Quel nom étrange pour une enseigne : « La maison du chat-qui-pelote » ! En fait, les chalands portent un nom qui peut nous surprendre, la Truie-qui-file, le Singe-vert, en référence à des animaux exposés autrefois, ou à l’architecture : « Au milieu de cette large poutre mignardement sculptée se trouvait un antique tableau représentant un chat qui pelotait ».

Ce que l’auteur résume ainsi :

   « Afin de rabattre l’orgueil de ceux qui croient que le monde devient de jour en jour plus spirituel, et que le moderne charlatanisme surpasse tout, il convient de faire observer ici que ces enseignes, dont l’étymologie semble bizarre à plus d’un négociant parisien, sont les tableaux morts de vivants tableaux à l’aide desquels nos espiègles ancêtres avaient réussi à amener les chalands dans leurs maisons. »

 

          On a une belle description de ce milieu social où l’argent est dur à gagner, donc se dépense avec modération, où les mariages ont pour but de renforcer le commerce, où la fille aînée doit se marier en premier tant pis si elle est moins belle. Donc tout devrait ronronner, dans ce destin écrit à l’avance. Quelle est la place de l’amour dans le mariage ?

          Un artiste peintre vient modifier le cours des choses, et offrir à la cadette un mariage de contes de fées. Balzac décrit très bien les deux univers que tout oppose, rythmé par le travail, la tenue du commerce pour le faire fructifier et de l’autre l’univers des artistes, nobles de surcroît, insouciants, ne parlant que d’art, fréquentant les salons, dépensant sans compter et vivant sur une autre planète.

          En plus de l’analyse sociologique, l’auteur nous offre une belle réflexion sur le mariage, qu’il soit d’amour ou de raison, le bonheur n’étant pas toujours du côté où l’on croit. « Le bonheur conjugal a été de tout temps une spéculation, une affaire qui demande une attention particulière. », ainsi que de très beaux passages consacrés à l’art.

          On retrouve tout le talent de l’auteur, son amour des détails : la description de la maison fourmille de détails, on la visualise sans problèmes, de même les façons de s’habiller, de se comporter…

          Dans les nouvelles, le style est plus sobre, il n’a pas besoin de diluer (à l’époque les auteurs étaient payés à la ligne), et celle-ci est une gourmandise à déguster, à savourer et qu’on a du mal à lâcher.

          J’aime Balzac, ce n’est un secret pour personne, je l’ai découvert très tôt  avec un coup de foudre pour « Eugénie Grandet », on pourra peut-être me taxer de partialité, mais cette nouvelle est un chef-d’œuvre pour moi.

          Note : 10/10

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Extraits :

          Quoique chacun des apprentis, et même le plus ancien, payât une forte pension, aucun d’eux n’eût été assez hardi pour rester à la table du patron au moment où le dessert y était servi

 

          La muette et constante contemplation qui réunissait les yeux de ces jeunes gens par un besoin violent de distraction au milieu de travaux obstinés et d’une paix religieuse, devait tôt ou tard exciter des sentiments d’amour. L’habitude de voir une figure y fait découvrir insensiblement les qualités de l’âme, et finit par en effacer les défauts.

 

           L’artiste la compara involontairement à un ange exilé qui se souvient du ciel. Une sensation presque inconnue, un amour limpide et bouillonnant inonda son cœur.

 

          Tous deux savaient que les plus beaux portraits de Titien, de Raphaël et de Léonard de Vinci sont dus à des sentiments exaltés, qui, sous diverses conditions, engendrent d’ailleurs tous les chefs-d’œuvre.

 

          La violence même de sa passion empêchait le jeune peintre de trouver ces expédients ingénieux qui, chez les prisonniers comme chez les amants, semblent être le dernier effort de la raison échauffée par un sauvage besoin de liberté ou par le feu de l’amour.

 

           L’argent qui vient si vite s’en va de même. N’ai-je pas entendu dire ce soir à ce jeune écervelé que si l’argent était rond, c’était pour rouler ! S’il est rond pour les gens prodigues, il est plat pour les gens économes qui l’empilent et l’amassent. 

 

           Qui dépense trop n’est jamais riche.

 

          Augustine ressemblait alors à un pâtre des Alpes surpris par une avalanche : s’il hésite, ou s’il veut écouter les cris de ses compagnons, le plus souvent il périt. Dans ces grandes crises, le cœur se brise ou se bronze.

 

Lu en décembre 2016

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7 commentaires sur « « La maison du chat-qui-pelote » par Honoré de Balzac »

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