Publié dans BD

« Le chat du Rabbin T3 l’exode » de Joann Sfar

Je viens de terminer le tome 3 de la saga « Le Chat du Rabbin » intitulé « L’exode », entre deux romans, un peu de détente s’impose.

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Résumé de l’éditeur

          Ça y est, la fille du Rabbin se marie. Inutile de dire que le Rabbin n’est pas très content à l’idée de la voir partir ; quant au chat, n’en parlons pas, il comprend vite qu’il devra faire une croix sur les caresses et les confidences.

          Du coup, pour se venger, les deux compères décident d’accompagner la belle et son mari pendant leur voyage de noces à Paris.

          La dernière merveille de Joann Sfar.

 

Ce que j’en pense :

          J’ai trouvé cet album moins drôle que les précédents, moins léger, en tout cas.

          Il est vrai que le thème est plus triste : le Rabbin est grognon, a du mal à trouver sa place maintenant que sa fille est mariée, alors il décide d’accompagner le couple à Paris, tant pis pour leur intimité, sous prétexte de rencontre la famille de son gendre. On a vraiment l’impression que le voyage sera sans retour.

          On quitte Alger sous le soleil, et l’arrivée à Paris se fait sous la pluie, donc les planches deviennent plus sombres, notre Rabbin qui s’est habillé en hiver dès son arrivée à Marseille sue à grosses gouttes et  s’enrhume.

          On assiste à des rencontres improbables, à la recherche d’un lointain cousin artiste, notamment un chien qui va devenir ami.

         Ce matou me plaît toujours autant, surtout quand il tente de perturber la nuit de noces de Zlabya, avec ses démonstrations de jalousie effrénée et que sa maîtresse le laisse dehors.

          On retrouve les interrogations sur la religion, les règles du Shabbat, les possibilités de dérive, si on prend tout au pied de la lettre.

          Deux situations m’ont plu : le Rabbin et son chat qui dorme dans une église, car il pleut et il n’a pas d’argent. Et le dialogue qu’il a avec le père de son gendre athée.

          Encore une belle leçon sur la sagesse, les doutes, la tolérance et une très jolie préface de Georges Moustaki.

          Note : 8/10

 

Extraits :

Mais, pourquoi tu fais semblant d’être un Arabe ?

Parce que pour faire le Juif, il faut l’accent polonais et je ne sais pas le faire. Oui, parce que Juif du Maghreb, ça ne les intéresse pas trop les gens, ça leur complique. Le public, Tonton, il n’aime pas les choses compliquées.

 

Je n’ai pas mis les pieds dans une synagogue depuis trente ans.

C’est très bien. Ça évite de déranger les gens pendant la prière. Mais Dieu a une place pour vous… Vous ne venez pas à l’office parce que vous voulez inquiéter Dieu ; vous êtes comme le petit garçon qui veut que ses parents s’occupent de lui.

 

Je vous parle d’une époque où les Juifs d’Algérie n’étaient pas encore français. Là-bas, il y avait les Français, les arabes et les Berbères et nous, tout en dessous. Eh bien, même chez nous qui étions ce qui se faisait de moins considéré en Algérie, rabbin cela ne plaisait pas. Je me souviens toujours, ma mère, la pauvre, elle disait : « c’est pas un métier pour un Juif »

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Lu en novembre  2016

Publié dans BD, Polars

« Le Chat du Rabbin T2 » de Joann Sfar

Aujourd’hui, place au tome 2 de la série « Le Chat du Rabbin »  avec : « le Malka des Lions ».

 

Le Chat du Rabbin T2 de Joann Sfar

 

Résumé de l’éditeur

          Le tome 1 du Chat du Rabbin, la Bar-Mitsva, a été unanimement salué par une critique dithyrambique, conquise par l’intelligence, l’humour et la finesse de cet album. « Le Malka des Lions » ne risque pas de les faire changer d’avis et conforte Joann Sfar dans son statut d’auteur unique.

          Notre gentil Rabbin est convoqué par les autorités françaises pour faire une dictée. En effet, afin de mieux coloniser les juifs d’Algérie, les autorités françaises exigeaient que chaque Rabbin sache parler et écrire le français. Malgré l’aide du chat, le Rabbin va échouer et sera remplacé par un jeune français portant beau le costume.

          A la grande consternation du chat, la jeune Zlabya va tomber amoureuse de ce jeune Rabbin occidentalisé. Quant au Malka des lions, c’est le cousin du Rabbin, dresseur de fauves et grand aventurier. Drôle, émouvant, intelligent, beau et délicieusement ironique, ce deuxième tome du Chat du Rabbin est une vraie réussite.

 

Ce que j’en pense :

          J’ai  retrouvé ce chat famélique avec plaisir pour une deuxième aventure, avec quelques éléments drôles : le Rabbin qui prépare sa dictée en français pour être reconnu par la communauté française, « et pour faire la prière en hébreu à des Juifs qui parlent arabe, ils veulent que tu écrives en français, alors pour moi ce sont des fous » et qui révise son orthographe grâce à notre chat préféré, qui lui fait faire des dictées et qui est même prêt à aller lui souffler lors de l’examen.

          Notre chat veut tellement bien faire qu’il invoque le nom de Dieu, ce qui lui vaut de perdre l’usage de la parole, mais sa pensée reste toujours aussi affûtée.

          Si j’ai bien aimé la légende de Malka, le cousin et de son lion qui arrangent tout sur le passage, un peu  comme Zorro, et les discussions entre le chat du Rabbin et l’âne d’un vieil Arabe qui finissent par se crêper le chignon pour des raisons d’interprétation des textes, alors que leurs maîtres respectifs discutent en arabe littéraire calmement.

          Idem, pour la planche qui nous montre un Musulman et un Juif qui prient Dieu, en regardant chacun dans une direction opposée, je l’ai trouvé un peu plus théorique, mais c’est le but recherché. Au passage, il donne quelques coups de griffes à la colonisation, aux différences avec les discours des plus jeunes, pleins d’arrogance, et à l’intolérance en général.

          Néanmoins, j’ai beaucoup apprécié, à nouveau, la sagesse de ce chat qui dénonce, mine de rien, et avec beaucoup de bon sens, la manière dont  les dogmes peuvent virer à l’absurde parfois, selon l’interprétation qu’on en fait.

          Les dessins sont toujours aussi beaux. Je continue donc l’aventure avec plaisir.

          Note: 8/10

 

Extraits :

          Un serveur nous fait remarquer que l’établissement ne sert ni les Arabes, ni les Juifs.

          Mon maître fait humblement valoir que cela n’est mentionné nulle part. Le serveur nous dit de nous tirer. Mon maître présente ses excuses et nous partons lire le courrier ailleurs.

 

          Ils ne veulent pas me laisser entrer. Ils disent que l’école est interdite aux animaux.

          Et mon maître qui aime tant les livres est en train de louper sa dictée. Il faut un miracle. Je m’en fous si c’est interdit j’invoque le nom de Dieu.

 

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pour plus de planches voir le beau site: https://monuniversdeslivres.com/2015/11/10/le-chat-du-rabbin-t2-le-malka-des-lions-joann-sfar/

http://www.dargaud.com/bd/Chat-du-Rabbin-Le/Chat-du-Rabbin-Le/Chat-du-Rabbin-Le-tome-2-Malka-des-Lions-Le

 

Lu en novembre  2016

 

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Dossier 64 de Jussi Adler-Olsen

Je viens de passer tout un week-end à la météo pourrie en compagnie d’un super polar:

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Quatrième de couverture

 

Copenhague, 2010. Une brutale agression dans le quartier de Vesterbro incite Rose, la bouillonnante assistante de l’inspecteur Morck, à rouvrir un cold case sur la disparition inexpliquée d’une prostituée. Cédant à ses pressions, le Département V exhume une macabre affaire datant des années 1950 : sur la petite île de Sprogø, des femmes sont internées et stérilisées de force sous la direction du docteur Curt Wad…

Avec cette nouvelle enquête de l’incontournable trio formé par Carl Morck et ses assistants Assad et Rose, Jussi Adler-Olsen fait monter la tension d’un cran en nous plongeant dans un sombre chapitre de l’histoire du Danemark, où l’influence des extrêmes est plus que jamais d’actualité.

 

Ce que j’en pense :

C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé la fine équipe du département V, avec notre commissaire Carl Morck, dont la vie familiale est toujours aussi agitée, Rose qui met la main sur un dossier « cold case » et le suit de manière opiniâtre, et Assad sur lequel on apprend un peu plus de choses, tous trois persécutés par un virus terrible qui leur fait squatter les toilettes et renifler.

J’aime bien la façon dont l’auteur mène deux récits parallèles, entremêlant des faits remontant à 1987, quand Nette tente de régler ses comptes en nous racontant son histoire, et l’enquête de Carl Morck de nos jours qui cherche à faire un lien entre des disparitions de l’époque et l’agression d’une tenancière de bordel de nos jours.

          Jussi Adler-Olsen à travers une enquête menée tambour battant, un suspense qui va crescendo, nous parle d’un problème qui m’intéresse énormément, l’eugénisme, et tout ce que l’on peut faire au nom d’une race que des médecins appellent supérieure. Cet horrible Dr Curt Wad est une émanation de Mengele, et stérilise toutes les femmes qu’il juge indigne d’enfanter. Avortements provoqués, viols, enfermement après avoir subi des soi-disant tests d’intelligence sur cette île de Sprogø, où ces femmes sont enfermées, sous camisole chimique quand elles se révoltent.

De même, il nous montre la manière dont ce médecin a pu constituer son réseau, avec d’autres confrères aussi dénaturés que lui, pour arriver à construire un parti politique et accéder au pouvoir. La façon dont il fait chanter les gens qui pensent différemment, les achetant ou s’en débarrassant, par la violence. Il se sent tellement au dessus des autres, avec sa suprématie planche qu’il n’hésite pas à tenir des propos racistes, xénophobes, sans vergogne.

Comme le souligne l’auteur dans sa note, « les stérilisations étaient pratiquées en application des lois pour la pureté de la race et l’eugénisme promulguées dans les années 1920 et 1930 dans un certains nombres de pays occidentaux dotés d’un gouvernement social-démocrate et marqués par le protestantisme » et sur l’île de Sprogø de 1923 à 1961, donc jusqu’à une période tout de même assez récente.

C’est le quatrième livre de Jussi Adler-Olsen que je lis, étant tombée sous le charme de son premier roman,  j’adore cette équipe improbable et haute en couleurs, et j’apprécie ces enquêtes qui, l’air de rien, aborde toujours un phénomène de société. Ce quatrième opus m’a plu tout autant que les précédents. Au bout d’une cinquantaine de pages,  j’ai dévoré, pratiquement en apnée, j’attends le suivant…

          Note : 8,8/10

 

L’auteur :

        Jussi Adler-Olsen, de son vrai nom Carl Valdemar est né le 2 aout 1950, à Copenhague est un auteur de polars Danois.

Fils d’un docteur en psychiatrie, il a étudié la médecine, la sociologie, le cinéma et la politique. Un parcours personnel qui lui permettra d’écrire sur des sujets aussi variés les uns que les autres.

Ancien éditeur, il connaît un succès sans précédent en Europe et de nombreux prix avec les enquêtes du  Département V mené par l’inspecteur Mork et son assistant Afez El Assad,  section spécialisée dans les affaires classées au Danemark. Cette série best-seller devrait au total compter onze volumes.

 

Extraits :

          Il soupira et entreprit d’écrire un message. Il était prêt à parier que les claviers de téléphone portable avaient été conçus par un pygmée, avec des doigts aussi fins que des macaronis. Face à ces trucs-là, un utilisateur lambda originaire d’Europe du Nord et de taille moyenne se sentait comme un hippopotame à qui on demanderait de jouer de la flûte à bec.

 

          L’instinct du policier venait de se réveiller en Carl et cela l’agaça. Rose avait réussi à susciter son intérêt. Les questions montaient en lui comme des bulles à la surface d’un verre d’eau gazeuse, à la queue leu-leu. D’abord il y avait cette histoire de cigarettes. Est-ce qu’on allait chercher des cigarettes juste avant de se suicider ? Possible. Pour se calmer les nerfs et penser à autre chose.

 

          Quel type bizarre, cet Assad ! Comment pouvait-il envisager de s’aventurer dehors dans l’état où il était, alors que Copenhague grelottait sous un ciel trempé de novembre ? Les tempêtes de sable du désert avaient-elles définitivement troublé ses sens ?

 

          Il baissa les yeux vers le premier rang. « La stérilisation et l’avortement de femmes indignes de mettre au monde une progéniture à la hauteur de notre pays est une longue et noble tradition de notre organisation et nous l’avons perpétuée parce que, tous ici, nous savons que le laxisme et l’indifférence ne mènent à rien de bon. » Il leva les deux mains vers l’assemblée. « Et aucun d’autre nous n’a jamais fait preuve de laxisme et d’indifférence. » Il y eut quelques applaudissements. « À présent, un nouveau parti est né de nos idées et, par la voie politique, il va contribuer à construire une société au sein de laquelle ce que nous avons fait clandestinement et en dehors de la loi sera bientôt une pratique courante transparente et légale.

 

Lu en novembre 2016